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Nous voilà donc dans notre bonne ville de Béziers pourvus d'un maire « apparenté Front National » depuis peu. D'aucuns y voient leur grand bonheur, d'autres l'horreur pure et simple. Essayons de voir ce qu'il advient d'une telle collectivité locale qui, de fait, attire l'attention de nombreux journalistes et commentateurs. Il faut dire que le nouveau maire a une activité médiatique soutenue. Vu le très haut débit d'arrêtés municipaux il est assuré qu'on lui accordera des apparitions très fréquentes dans les médias.

 « Je crois que les Biterrois sont contents. On n'a jamais autant parlé de Béziers qu'en ce moment. Malgré votre idéologie dominante, vous avez des côtés positifs :au moins les gens savent que Béziers existe » Robert Ménard Le Monde 13.06.14

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Pour commencer, certaines personnes à Béziers se sont insurgés contre les tracasseries que cause la police municipale auprès des « mendiants » mais aussi des simples passants incriminés parce qu'ils boivent des canettes de bière sur la voie publique ou parfois tout simplement pour cause d' ...attroupement. Ces tracasseries étant parfois suivies d'amendes ou de conduite au poste de police. Voilà effectivement de bien fâcheuses pratiques de plus en plus fréquentes de la part des flics d’État ou municipaux. Le réflexe, assez tentant, étant pour certains de mettre cette situation sur le dos du nouveau maire apparenté FN, le fameux Robert Ménard. Il faut noter tout de même que l'arrêté qui autorise et encourage les agissements policiers en question provient non pas de l'abominable Robert Ménard, ex trotskiste,... ex Reporter sans Frontières (1) mais - qu'on regarde bien la signature de l’arrêté en question – de Raymond Couderc, maire UMP de Béziers pendant des années jusqu'à la dernière élection de mars 2014 qui a vu l’avènement du sympathisant FN. Dénoncer le fascisme de Ménard et du FN à Béziers à cause de cet arrêté est donc tout à fait abusif. De plus, il suffit de se tourner vers la ville de Montpellier toute proche dirigée par le PS depuis plus de 20 ans, où il existe un arrêté semblable interdisant l'accès des « mendiants » au centre ville depuis plusieurs années pour admettre que c'est une bonne partie de la clique politicienne qui s'adonne à ce type d''exclusions'. L'exclusion même qu'il était, il n'y a pas si longtemps, de bon ton chez ces politiciens eux-mêmes de vilipender à longueur de discours. C'était, disaient-ils, la marque des « valeurs » – ...démocratiques bien sûr ! - qui faisaient leur différence  avec les valeurs du FN.

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Il ne s'agit pas ici de défendre Ménard ( qui n'a nullement notre sympathie, loin s'en faut ! ). Ses premières mesures Police Béziers1-copie-1caressent son électorat dans le sens du poil : de la sécurité, vous en voulez, vous en aurez ! Enfin vous en aurez ...l'image. Allez, on augmente le nombre de flics municipaux. Et vous voulez que les élus en bavent ? on va donc baisser le salaire des élus de la commune. Alors, on n'est pas près du peuple ? (personne au conseil municipal n'osa voter contre cette mesure, d'après Ménard lui-même). Et puis, défense d'étendre le linge aux balcons ! ça, c'est plus embêtant pour les « pauvres » qui ont voté pour lui. Mais, au juste, qui étend son linge à son balcon aujourd'hui ? Et, comme s'il n'y avait pas assez de portes ouvertes à enfoncer, il offre des blouses uniformes aux élèves des écoles de Béziers. Tout ça ressemble à une campagne publicitaire. Et c'en est bien une.

Il nous pond un arrêté interdisant la sortie du soir aux mineurs de moins de 13 ans au centre ville et à la Devèze ( quartier suburbain à haute densité immigrée). Mesure tout à fait symbolique qui joue comme un signe vis à vis d'un électorat demandeur d'autorité et de répression. Mais, là encore, on pouvait s'attendre à ce genre de mesure déjà fréquemment prise par d'autres municipalités – particulièrement de droite mais aussi de gauche. Rien donc pour l'instant de bien original de la part du médiatique maire de Béziers, il prend la posture qu'on attend de lui, une attitude agressive et porteuse de valeurs dites 'traditionnelles', il fait mine de prendre les choses en main, il réprime, il interdit... - ce qu'il interdit n'a presque pas d'importance, d'ailleurs, pourvu qu'il interdise quelque chose ! - et qu'il muselle les déviants à la norme (2). Son électorat obtient donc ce qu'il attendait. Les signaux sont allumés pour que celui-ci soit satisfait.

Menard_messe-feria_cr.jpg

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mouvement général :

Il conviendrait maintenant d'examiner la situation et de se demander si l'individu Ménard, et sans doute le FN avec lui, ne seraient pas les arbres qui cachent la forêt. Car dans les mesures que les sbires au pouvoir (dans les mairies, les collectivités locales mais aussi et surtout au sommet de l’État) ont prises depuis quelques années il n'y a pas que de l’esbroufe. On peut faire l'hypothèse bien plus plausible – c'est celle que nous ferons ici ! – d'une avancée globale vers un monde de plus en plus autoritaire, voire totalitaire pour lequel chacun des politiciens en charge de gouverner quelque part met sa touche dans ce sens-là. On n'a pas attendu le FN pour que soit instauré l'arsenal juridique des lois : LOPPSI I et II, le fichier des empreintes génétiques (initiés par la gauche jospiniste puis géré et surtout généralisé alternativement par la gauche et la droite au pouvoir), la carte d'identité 'infalsifiable'(3), la vidéo-surveillance généralisée avec ou sans reconnaissance faciale dans de plus en plus de villes et même de paisibles villages, l'interdiction de distribuer des tracts sur les marchés, l'obligation de montrer son visage pendant les manifs, sans oublier la dernière loi de programmation militaire qui permet l'espionnage sur Internet de tous et n'importe qui. (4)

électorat de Ménard :

Évidemment, ce genre d'évocation ne signifie pas grand chose pour un électeur de Robert Ménard (et même bien au delà de cet électorat-là). Par exemple : qu'on interdise à des gens de vivre en communauté dans une yourte (sorte de tente) – la LOPPSI II réprime cela !- pourrait paraître étrange mais beaucoup ne voient pas ce qu'il y aurait à redire. Ils ne voient pas plus pourquoi on en arrive à de telles interdictions. La question du vivre autrement ne les intéressent aucunement et il leur paraît, au contraire, bien plus important de contraindre certains à rentrer dans la norme plutôt que de laisser les gens habiter le cadre de vie qu'ils souhaitent.

Quant à contester l'ordre établi cela pourrait leur paraître une idée vraiment saugrenue, la seule contestation qu'ils peuvent supporter, c'est contre le laxisme supposé des autorités. Il faut, selon eux, « dresser » la population (une des premières mesures de Ménard consiste à verbaliser les stationnements « abusifs », interdire d'étendre le linge aux fenêtres, d'épousseter les tapis, ...) ; dernièrement on va dresser ces 'enquiquineurs' d'anti-corrida et les empêcher d'accéder aux alentours des arènes et de perturber ce brillant « événement culturel local », dixit Ménard. Au fond, pour ses électeurs, le monde dans lequel on vit n'est pas incriminable. Ils n'ont pas grand chose à lui reprocher sur le fond. Trop laxiste sans doute, mais ...avec Ménard, ça va barder !

La ville et le devenir de l'homme selon les politiciens modernes :

Aujourd'hui tous les politiciens de droite et de gauche poussent à la roue ou bien suivent sans mot dire le mouvement. Cependant avec eux on est dans un 'sens unique' : la domestication de l'humain vers l'homme économique (= homo œconomicus). Comme un commentateur le dit sur la métropole Barcelone – mais ceci pourrait aussi bien s'appliquer à Béziers - celle-ci,... « n’est plus une ample colonie organisée par une communauté d’habitants comme lorsqu’elle fut fondée ; elle n’est plus une ville industrielle remplie d’ouvriers de manufactures comme auparavant ; l’agglomération barcelonaise n’est qu’un espace ouvert et pacifique de consommateurs au sein duquel tout mouvement humain doit être régulé et contrôlé afin de garantir sa transparence et sa fonction. ... Ce qui compte pour les dirigeants, c’est la « marque Barcelone », c’est-à-dire, que la ville donne d’elle-même une image lisse et tranquille, comme celle d’un centre commercial ou d’un parc thématique, favorable aux affaires, au shopping, aux loisirs marchands et au tourisme. » (5) On peut sans grand problème remplacer Barcelone par Béziers et on a la clé de l'apolitique de la ville selon Ménard. Car c'est évidemment de cela qu'il s'agit quand le maire de Béziers argumente pour interdire qu'on étende le linge, qu'on époussette les tapis, ou qu'on interdise les manifestations anti corrida aux alentours des arènes, etc... Le cadre de l'action des politiciens de droite et de gauche est là, on ne voit pas ce que le FN ou Ménard ont à proposer de différent sur le fond par rapport aux autres politiciens qu'ils dénoncent à longueur de discours. A part que, chez eux, on en rajoute et, au discours technocratique habituel des partis UMPS, se superpose la poigne policière ( ...et langagière) qui fait recette chez une bonne partie des biterrois aujourd'hui.

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Prenons un peu de recul. L'attitude du FN :

Le FN apparaît comme contestataire de l'ordre social pour certains car il élève la voix contre les gens au pouvoir. C'est peu de chose mais ses interventions paraissent bien plus authentiques que les sempiternelles connivences entre gens du même gratin politique.

Notons un aspect qui nous paraît important : il n'y a pas seulement les gens au pouvoir qui sont la cause de nos malheurs ! le système social dans lequel on vit, la logique même qui anime notre vie en société renferment évidemment une grande part de responsabilité et les hommes au pouvoir ne font finalement qu'assumer plus ou moins bien leur rôle dans le système social qu'ils soutiennent. Ainsi beaucoup pensent – et c'est largement le cas pour le FN et ses supporters ! – que le système social est satisfaisant : le règne de l'économie, le renforcement des législations qui encadrent nos vies, la fuite en avant dans la technologie qui est censée résoudre quasiment tous les problèmes,... tout cela est seulement mal géré par la clique au pouvoir, pensent-ils. De sorte que, chez les suppôts du FN, on a une critique parfois virulente de la couche des politiciens qui nous gouvernent mais aucune critique de l'ordre social lui-même ! À croire que celui-ci serait sans incidence dans le marasme social et économique actuel.

Désigner une population ou un ensemble de gens comme responsables est un bon moyen de rater l'essentiel – en leur temps les nazis avaient désigné les juifs, mais aussi tous ceux qui n'étaient pas aryens (6) . Le FN a beaucoup insisté à ses débuts (et encore maintenant) sur les arabes, les musulmans, les roms, les étrangers,... ; maintenant, on se tourne plus vers les politiciens, les technocrates européens, etc... qui seront responsables de tout ou presque.

Nous ne disons pas que les politiciens qui nous gouvernent ne sont responsables de rien bien entendu. Les nazis incriminés au tribunal de Nuremberg où ils furent jugés clamaient leur irresponsabilité dans tous les crimes commis. Il est évident que le système nazi (mais le système capitaliste aussi) a été animé par des gens en chair et en os qui se sont démenés pour le faire fonctionner et qui, en tant que tels, ont donc leur part de responsabilité. Mais il faut bien voir que, depuis quelques décennies, dans notre société les gens qui se suivent au sommet de l'Etat se conduisent en gestionnaires. De sorte qu'ils ne veulent jamais rien changer à l'essentiel. Bien qu'à gauche (qu'est ce que ces gens de gauche ont de commun avec les socialistes du XIX° siècle ?), le PS gère le développement économique en continuité avec la droite qui n'a pas d'autre ambition non plus. Il est donc facile aux gens du FN de dire que, dans le marasme actuel, ce sont les hommes qui sont corrompus puisque, postulant le capitalisme indépassable (eux aussi, tout comme Thatcher), ils en concluent que, si ça ne va pas, c'est donc qu'il faut s'en prendre aux gestionnaires, c'est tout.

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Nous avons essayé de montrer dans d'autres articles (7) que l'essentiel de la domination réside de nos jours dans le fait que le capitalisme a lui-même une organisation toujours plus complexe qui demande une gestion des populations plus stricte qu'auparavant, d'où l'arsenal technologique et juridique de la surveillance et de la répression des « déviances ». Notre monde étant bien différent de celui de 1930 les moyens utilisés sont bien différents des 'Fasci' mussoliniens, des 'Sections d'Assaut' ou des 'jeunesses hitlériennes'. L'Etat actuel, bien que perdant certaines de ses prérogatives (entre autres au profit des multinationales), a de plus en plus de moyens techniques pour surveiller les populations, nous obliger à rentrer dans le moule du travailleur-consommateur docile. Il est aussi très important pour eux de nous faire croire qu'aucune vie différente n'est possible ! Il est aussi possible de réprimer en dernier ressort si ça s'impose. Car contrairement à ce que croient certains, la répression de grande ampleur, la clique au pouvoir ne l'exclut pas ! Et il n'est nulle question du FN ici... il suffit de lire les propos de cet homme de pouvoir qu'est M. Rocard (ponte du PS, s'il vous plait !) à propos de la situation en Grèce. Cela illustre ce besoin de mise au pas... militaire – interview à Libération : « Je fais une hypothèse, dit-il, la seule du livre, c’est que l’obligation de la décroissance conduit à la guerre civile (nous soulignons). Ce n’est pas tenable et ça pose d’ailleurs une question majeure pour la Grèce qui subit une décroissance forcée : comment fait-on dans ce contexte pour maintenir des élections ? (nous soulignons).Il n’est pas possible de gouverner ce peuple en lui disant qu’il va perdre 25 % de son revenu dans les dix ans si on tient à payer toutes les dettes. Personne ne le dit, mais il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire. » Quand on dit les choses de cette façon – et peu de politiciens ont un langage aussi cru et aussi vrai – on dit clairement que les élections sont faites pour un peuple de consommateurs gavés et satisfaits sinon... « comment fait-on pour maintenir les élections ? » En conséquence, comme on ne peut pas maintenir des élections « l’obligation de la décroissance conduit à la guerre civile ». Tout est dit ...sauf que c'est bien lui – et ses semblables des autres partis – qui auront recours à la violence militaire (alors qu'on nous rebat les oreilles avec les actes soi disant terroristes de quelques lanceurs de pavés à Notre Dame des Landes contre l'aéroport ou dans le Val de Susa contre le TGV).

A suivre.


 

(1) Organisation financée entre autres par Georges SOROS et la National Endowment for Democracy, dont on nous dit qu'elle a été créée spécialement pour servir de substitut à la CIA. Il faut rappeler que la devise de RSF lors de sa création en 1985 était (est toujours ?) : « Sans une presse libre, aucun combat ne peut être entendu » On voit où peut mener le combat 'consensuel' pour une presse libre...

 

(2) L'homme normal étant celui qui ne se pose pas de questions sur son destin de travailleur consommateur. Telle est la norme telle qu'elle est sentie par l'électorat FN

 

(3) Bernanos rappelle qu'il n'y a pas si longtemps – au début du XX° siècle - on « pouvait faire le tour du monde avec une simple carte de visite dans son portefeuille » Pour un esprit moderne on a du mal à concevoir que ce fut possible. Et pourtant ...

 

(4) Mention spéciale pour cette dernière : cela sent la NSA américaine à plein nez, vous savez, ce qu'a dénoncé Edouard Snowden ? – le terrorisme étant maintenant proclamée la chose du monde la mieux partagée, l’État s'arroge le droit d'un espionnage systématique de tout le monde. Les députés européens ont beau jeu de dénoncer la NSA américaine. En ce domaine, ce qui les gênent énormément, ce n'est pas tant que les gens ordinaires soient espionnés mais plutôt ...que les politiciens européens le soient !

 

(5) site internet « http://lavoiedujaguar.net/Can-Vies-la-raison-de-la-force »

 

(6) « J'ai choisi l'économie parce que j'ai vécu dans les années 30 et j'ai vu ce qu'était une crise économique. C'est très naturel de s'intéresser à l'économie pour comprendre comment on peut si mal gérer un pays... » M. Lévy-Leboyer qui ne s'imagine pas un instant, lui non plus, que la crise économique de 1929 soit autre chose qu'un problème de ...gestion !

Ce ne serait que l'aveuglement d'un individu si tous ceux qui pensaient comme lui n'avaient pas contribué à faire des années 45 – 75 ce qu'elles ont été : les plus « ravageuses » de l'histoire. (Une autre histoire des Trente Glorieuses. Ed. La Découverte p 64.)

 

(7) Le parti nazi se nommait 'national socialiste' et incriminait les juifs mais aussi les communistes et tous les révolutionnaires (c'est à dire tous ceux qui s'opposaient au capitalisme.)

 

(8) lire capitalisme et totalitarisme Il convient aussi de se souvenir du livre de James Burnham 'The managerial revolution' (1941) où « l'auteur y soutenait que la structure dirigeante des États totalitaires constituait la préfiguration d'une 'révolution managériale' devant toucher tous les États. » (Une autre histoire des Trente Glorieuses. Ed. La Découverte p 64.) Il y a quelque chose de prémonitoire là dedans !

 

 

 

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