Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

juillet  2011

 

A Larry Portis – décédé récemment  1

 

 

 

Difficile d’intervenir dans une controverse sur la médiocrité de l’art produit aujourd’hui tant les esprits sont conditionnés à n’entendre que ce que l’industrie du spectacle veut bien leur faire entendre. la canaille !

Le plus souvent on invoque la manipulation publicitaire et le marketing pour comprendre cet attrait de la foule pour les produits du show biz. Et, bien entendu, dans ce domaine c’est bien une tautologie : on fabrique des produits pour qu’ils soient vendables au plus grand nombre. Il faut plaire – au meilleur coût – telle est la loi du marché. Les méthodes pour séduire le chaland ne se comptent plus et l’industrie de la publicité et du marketing qui les crée a du pain sur la planche. Tout ( ou presque ) est à vendre, les productions ‘artistiques’ ne font pas exception. De la séduction déclinée sous tous  ses aspects à la consommation des images du sérieux et de la culture la production ‘artistique’ ne manque pas d’outils et ne se prive pas de les utiliser.

 

Il est bien connu qu’entre quelqu’un dont ‘on’ n’a jamais entendu parlé et quelqu’un qu’ ‘on’ a vu à la télé ‘on’ ira plutôt voir ce dernier. Même si c’est beaucoup plus cher d’ailleurs. On pourrait penser que les contestataires de l’ordre établi ne tomberaient pas dans le panneau ; or, il n’en est rien ! Larry Portis montre bien dans son livre que depuis longtemps le discours politique des ‘chanteurs engagés’ ( le terme est assez récent ) ne s’accommode pas si mal avec les impératifs du marché. Une chanteuse comme Thérésa - aujourd’hui bien oubliée mais qui fut une icône de la chanson populaire parisienne …au XIX° siècle ! - chanta devant l’empereur Napoléon III, celui-là même dont les troupes allaient tirer sur les ouvriers pendant les grèves. On a compris assez tôt que le « populo » avait besoin de s’identifier avec ceux et celles qui disaient tout haut et en public ce qu’il pensait tout bas. Ça y ressemblait en tous cas. Sauf que cette situation ne manquait pas d’avoir des conséquences sur la nature même des messages transmis par ces chansonniers – terme aujourd’hui presque tombé en désuétude – et sur la manière dont les messages sont reçus.

 

On est passé, par exemple, d’une chanson qui circulait de bouche en bouche, chantée dans les cabarets et par les chanteurs de rue, dont les textes circulaient - comme les pamphlets - sur des feuillets et sous le manteau au XVIII° et XIX° siècle à des productions qui ont atteint aujourd’hui la démesure que l’on sait, propre au capitalisme high tech. Et cela ne dérange pas plus que ça les « artistes ». Ni les « spectateurs » d’ailleurs. Plus on est, plus on se sent important. On  ne dira jamais assez que sans micro ni sono et sans le matériel technique de plus en plus énorme et coûteux tout ceci serait impossible – sans parler des déplacements, des campagnes de pub à la TV, à la radio, sur les murs, etc…  C’est dans le mouvement global du capitalisme qui produit tout ce qu’il faut pour être consommé que l’industrie du spectacle a trouvé sa niche. Il est plus rentable de produire un spectacle avec de gros moyens financiers pour une masse de gens que de produire un concert à échelle humaine. Il n’y a pas que les producteurs privés qui le savent, il suffit de demander aux élus locaux qui construisent les salles et en financent le fonctionnement : Zinga Zonga (ville de Béziers), les arènes ou Sortie Ouest (conseil général de l'Hérault) - pour ne parler que de Béziers - sont des supermarchés du spectacle que nous aurons du mal à appeler ‘vivant’. Est-il utile de rappeler que les cabarets et petites salles - si elles n’ont pas encore complètement disparu - ne font que survivre ?

merde artiste

 

Mais pourquoi donc faire des spectacles de plus en plus crétinisants ? notons au départ qu’il y a un indéniable savoir-faire chez les petits soldats et grands généraux de la modernité qui s’agitent dans cette sphère. Ce n’est pas du fait de leur incapacité que les productions sont crétinisantes mais bien au contraire plutôt grâce à leur « expertise » dans ce domaine. Mise à part des exceptions qui prouveraient que les choses ne sont pas totalement plombées pour l’éternité on assiste à la reproduction à l’infini des mêmes inepties.merde d'artiste 30500 €

 

  


Les  spectacles se scindent en divertissements qui occupent la quasi totalité du programme et en ‘culturel’ ou ‘sérieux’ qui occupe le reste. Si ce dernier est ennuyeux à mourir c’est parce que l'accumulation des poncifs – il n’y a qu’à visiter le musée d’art contemporain de Sérignan pour s’en rendre compte ! – est telle qu'on est bien en dessous du dessous de ce qu’on pourrait attendre : aucune distance par rapport au quotidien marchand ; art populaire ou art contemporain, c’est avant  tout de marchandise qu'il est question. Les objets représentés sont ceux-là même dont le quotidien est fait. On n'est pas loin de l’urinoir de Duchamp - à condition d'oublier bien sûr que pour celui-ci l'urinoir était une plaisanterie alors que pour ces ''nouveaux naïfs''  …c’est du sérieux. Et du sérieux qui rapporte en terme d'argent et de renommée. La différence n'est pas maigre !

 

johnny hallyday 16

 

  Quant au divertissement, c’est le ‘tittytainment’ 2 inventé par les maîtres du monde pendant leur ‘Forum sur l’état du monde’ en 1995. Ne nous attardons pas trop. Et laissons les spectateurs-consommateurs dans l’extase de leur propre passivité, l’éternel retour de leurs aspirations primaires. Comme le disait déjà Adormo dès 1944 « l’industrie culturelle frappe tout d’égalité ». Cette égalité n’est altérée que par un léger glissement ( la mode est changeante ) qu’il faut bien opérer pour éviter à ces ‘pauvres’ consommateurs un bien dommageable effet de saturation.

 

 

Et ainsi « tout change pour rester pareil », comme disait le duc de Lampedusa.

 

Mais peut-on faire entendre raison à un consommateur ? si « le plaisir le plus puissant de cette vie est le plaisir vain des illusions » 3   nous ne sommes pas prêts de sortir du capitalisme. Les spectateurs étant avant tout en béate contemplation… de leur propre passivité.  

 

 

 

 



1 Auteur de « La canaille ! » , histoire sociale de la chanson française aux éditions de la CNT.

2 Mot inventé par Zbigniew Brzezinsky, conseiller de Jimmy Carter et expert en domination, alors que la réunion devait trouver une solution à ce douloureux problème : que faire pour cette humanité surnuméraire qui ne peut rentrer sur le circuit habituel du travail mais qui doit absolument être abreuvée d’activité liée à une consommation. ‘Tittytainment’ est l’accolement de ‘titts’ qui signifie 'les seins' en argot américain et ‘entertainment’ = divertissement. Il s’agit donc de faire régresser au niveau du 'bébé tétant le sein' le consommateur des divertissements concoctés à cet effet. En psychanalyse, cela rappelle le ‘narcissisme primaire’ du bébé qui sombre dans un étourdissement ‘galactique’ après la tétée qui l’unit à sa mère. "Culturel", disions nous ?

3 « Il piu solido piacere di questa vita è il piacere vano delle illusioni » Giacomo Leopardi

 

 

 

 

 

 


Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de Aristide Durutte
  • Le blog de Aristide Durutte
  • : Bulletin critique
  • Contact

Recherche

Liens