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A Prémian situé dans les hauts cantons de l'Hérault, le festival "Culturalités" a donné l'occasion à M.Maffessoli, professeur à l'Université et auteur de maints ouvrages de sociologie sur le thème de la post modernité, de faire un exposé sur le thème de "l'expérimentation utopique dans la société de globalisation". Celui ci débute avec des considérations très intéressantes sur le sens des mots, l'étymologie : Utopie, etc. Un mot renvoie à un autre. Une idée  à une autre. Mais les liens avec le concret manquent : beaucoup de correspondances entre des concepts abstraits et point d'exemple.tehran-dish-0951f.1281125588

 

On parvient à comprendre que le concept central est celui d'utopies …"interstitielles".*  Il s'agit d'une foule de "micro entités "* qui se fabriquent un univers, une mythologie propre, "La vérité absolue, qu'il faut atteindre, se fragmente en vérités partielles qu'il convient de vivre." ** Ce serait la marque de notre époque.

Il ajoute que cette situation a pour conséquence que la contestation du pouvoir n'est plus à l'ordre du jour. Le mot de contestation renvoyant à Mai 68 et à un affrontement direct entre le pouvoir et des contestataires qui en rejettent tous les fondements en bloc. Cette situation de non opposition au pouvoir est la marque de l'époque. Il s'agit, semble-t-il, d'un état de fait.

Quand les gens de la communauté de Cabrafol - une de ces nombreuses singularités, pour parler comme Foucault - lui indiquent toutes les difficultés qu'ils ont pour pouvoir s'installer avec l'administration, la réglementation et finalement la contrainte flicardière et le pouvoir que celles ci sous entendent, une indication pratique tombe enfin : il faut ignorer " le pouvoir qui est un colosse aux pieds d'argile. Quand on l'ignore il s'effondre…!" On a déjà entendu ça et on est bien avancé…

Un de Cabrafol (…et d'autres qui les soutiennent) lui font remarquer qu'il faut agir concrètement face aux contraintes de l'Etat et des multinationales. Car, pour Cabrafol, le problème est de mener concrètement cette action, cette utopie précisément et "ignorer le pouvoir" ne peut conduire qu'à rentrer dans le rang, abandonner ou se recycler dans la contestzation permise et conforme à l'ordre social. Dans cette direction, celle du concret, M. Maffesoli ne fera aucun commentaire ! finalement, le discours universitaire s'entoure de beaucoup d'ornements rhétoriques, de formes alambiquées mais, quand on touche le fond tout ça vaut bien les discussions où le commun des mortels s'échinent à  … "refaire le monde" . Sous l'œil goguenard des sceptiques !

 

l'homme téléphoneIl faut aussi remarquer que M. Maffesoli se déclare d'accord sur beaucoup de choses sans vraiment préciser sur quoi ni vouloir aborder, là aussi, le fond : "le pouvoir, on est bien d'accord pour s'y opposer !" mais impossible d'aller plus loin que des condamnations générales, abstraites et plutôt consensuelles sur le pouvoir. Quel pouvoir ? que combat-on ? que veut-on ? On reste plutôt dans l'ordre du …"discours".

 

Dans sa volonté de voir toutes les expérimentation utopiques comme faisant partie du mouvement brownien des "marginalités dont aucune n'est plus importante qu'une autre"* qu'il décrit dans ses textes et où " il semble que l'Individu, l'Histoire et la Raison laissent, peu ou prou, la place à la fusion affectuelle s'incarnant au présent autour d'images communielles"* M. Maffesoli nous a tourné autour du pot sans jamais rencontrer son sujet. La question est de savoir ce qu'il y a de commun et de profondément différent  entre d'une part les bandes de jeunes, les regroupements autour de "fessebouc", les rappeurs du quartier et autres "marginalités" dont parle et qu'étudie M. Maffesoli et d'autre part des mouvements qui promeuvent des discours et des actions critiques sur la société et aspirent à un changement global des comportements sociaux tant dans la question écologique que dans celle du "vivre ensemble". Sans l'idée d'un changement global ces expérimentations utopiques n'auraient aucun sens : que peut bien signifier économiser l'énergie dans un domaine de quelques hectares si tout autour a lieu un gaspillage éhonté ? quel sens peut avoir une recherche de l'autonomie si tout autour l'asservissement aux normes de la consommation de masse et l'aveuglement face au marketing politique reste la règle absolue ?

 

Malheureusement de cela il n'a pas été question car la question du sens des mouvements a été proprement évacuée. Et ce n'est pas un hasard si le thème de la globalisation n'est jamais apparu dans l'exposé ni le débat. Car quand on parle de globalisation on ne peut se cacher derrière la foule des "marginalités" : la société industrielle capitaliste globalisée existe, elle est contraignante et il existe aussi des gens qui veulent en finir avec elle et qui ne se contentent pas d'être heureux ensemble. Ce qui ne les empêche évidemment pas de l'être ...parfois. mondeselonmonsanto

 

Fort heureusement, un autre intervenant nous a fait part de son expérience personnelle qui, de toute évidence, n'entrait pas dans le cadre théorique de notre sociologue. On a donc eu un compte rendu assez riche sur son parcours individuel et des communautés existantes qui correspondent à des volontés bien réelles de ne pas se conformer au mode de vie dominant. On apprend donc de ce représentant d'un écovillage que finalement le plus difficile n'est pas d'accomplir un travail ensemble ("construire une maison ensemble, c'est simple") mais de se mettre d'accord pour l'accomplir. La difficulté, c'est le "vivre ensemble". Il est vrai qu'on est dans une communauté pour vivre et par conséquent décider ensemble d'une vie commune sans s'en remettre à un organe de décision séparé - qu'on soit capable de cela, c'est ce que tant de gens ont "oublié" aujourd'hui ! Cela met en jeu des mécanismes psychologiques qui ont été broyés par des siècles d'obéissance aux institutions. Retrouver le jeu de la communauté libre et autonome n'est pas si simple. Il ne suffit pas d'ôter ses chaînes pour, immédiatement, retrouver la liberté.

 

Il faut préciser - pour terminer - que si l'action des communautés est intéressante… la question de l'action au niveau de la société globale pour casser l'engrenage de la soumission générale à un ordre désormais bien huilé n'a pas été vraiment abordé. Cela aurait pu être logiquement la suite de la discussion puisque après l'expérimentation devrait venir la mise en pratique à (plus) grande échelle. C'est ce que pouvait laisser supposer l'intitulé du thème. Malheureusement à force de tourner dans tous les sens des notions abstraites on a tout à fait manqué l'essentiel. 


* " Plus le concept est creux et plus il sera aisé d’emploi. " Claude GUILLON

**  extraits de "Michel Maffesoli : Sur la post modernité"

 

 

 

 

 


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