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Avril 2013

 

 

                                                                            " Pour les orphelins de la classe ouvrière,

                                                                            en fait c’est la figure abstraite du citoyen

                                                                            qui possède aujourd’hui toutes les vertus." 

 

 

En finir avec l’absurdité


Suite à l'article du journaliste Jean Claude Guillebaud dans le Monde - lisible à cette adresse http://www.sudouest.fr/2013/03/31/en-finir-avec-l-absurdite-1010783-710.php et concernant le discours de Hollande de jeudi dernier - je ne commenterai pas dans le détail les propos tenus. N'ayant pas écouté M. le président jeudi soir ... Je m’en tiendrai à une impression générale. Cela ne m’a pas semblé — je parle évidemment de la critique Guillebaudesque de Hollande — à la hauteur de l’absurdité dans laquelle nous nous débattons. Je dis bien absurdité.

«Le marché fut souvent l’allié de la démocratie – nous dit-il – mais il peut en devenir le fossoyeur ou, à tout le moins, l’adversaire.» Ah, quelle période bénie que celle où le marché avait de si belles qualités qu'il en venait même à bonifier la démocratie. On aimerait bien savoir quand situer ces temps heureux... A force d'en écouter les nostalgiques, il est clair qu'il faut le chercher dans la France de l'après guerre. La période des « 30 glorieuses » exerce sur les esprits 'citoyens' une véritable fascination. C'est celle du compromis qui a permis à toute une génération de bénéficier d'une partie des ''bienfaits de la croissance''... Tout de même, ce n'est pas rien ! En ces temps-là comment ne pas avoir été heureux ? Les syndicats avaient droit de regard sur les affaires publiques et les droits acquis – que dis-je ? – les conquêtes sociales furent légion. On se demande bien comment une telle période si 'démocratique' a bien pu déboucher sur une critique aussi virulente que le mouvement de Mai 68 qui, un peu partout dans le monde, a fait chanceler un édifice si harmonieusement établi. Peut-être y avait-il quelque chose à redire à cette démocratie qui était si (presque) parfaite qu'on (les médias, politiciens, sociologues...) avait, avant ce coup de semonce, du mal à la critiquer. Tout juste les opposants officiels – les grand-parents des « indignés » d'aujourd'hui – cherchaient à améliorer le sort des prolétaires en les gavant de matériels électro-ménagers et les paysans de pesticides et d'engrais chimiques. Mais voilà, tout d'un coup, est revenu la question de « l'émancipation complète des travailleurs »* et celle ci fut comprise à l'opposé de l'amélioration de leur sort qui prévalait largement dans les milieux de gauche. Cette amélioration apparaissait alors - en mai 68 - comme gage de la poursuite de leur servitude bien sûr. Donant donnant ! Cette vision du sort des prolétaires avait largement dominé cette période où le statu quo social paraissait indépassable.

 


M.Guillebaud voit, comme beaucoup d'autres aujourd'hui, la 'démocratie heureuse' comme horizon indépassable de notre temps – précisons quand même que, faute de nous en dire plus, il s'agit bien du système qui aujourd'hui nous permet d'élire des ''représentants' qui vont faire la politique pour nous pendant quelques années. Période pendant laquelle nous n'aurons, nous-mêmes, rien d'autre à faire qu'à préparer de prochaines élections ou manifester bruyamment – et bien inutilement ces dernières années ! – contre les élus et leurs politiques jugés insatisfaisants.

mujica

Dans le même ordre d'idées d'autres critiques** (de gauche!) voient dans tel ou tel président sud américain sans cravate ou circulant en petite voiture une preuve que les politiciens ne sont pas « tous pourris ». Ils soupirent même en nous avouant que pour en trouver qui aient de telles qualités il faut beaucoup chercher et aller bien loin ...On est tout de même rassurés : ils existent ! De vertueux édiles pourront ainsi à l'image de ceux-là nous guider quand les foules ne seront plus obnubilées par les saltimbanques actuellement au pouvoir en Europe. Ils iraient même jusqu'à oublier que le port du jean froissé ou des plantureuses moustaches – un comportement non conformiste en quelque sorte – n'est en rien une garantie de vertu pour un politicien ou un PDG comme pour n'importe qui. (M. Messier avait bien des chaussettes trouées, en était-il moins un vaurien ?) Et surtout : quand bien même le pape roulerait en 2CV si l'église reste riche comme Crésus et ses ouailles pauvres comme Job alors on dira que les choses changent pour que l'essentiel demeure. Plus sérieusement : l’État de l'ex syndicaliste brésilien de gauche (de la gauche de gauche) Lula da Silva a poursuivi et accentué même la destruction de l'Amazonie, pour ne parler que de cela, et son héritière – spécialisée dans l'écologie, dit-on – continue. **** Car il fallait poursuivre la croissance (...toujours elle !) que les riches colons et les compagnies minières faisaient miroiter. C'est bien là le but implicite de l’État qu'il a investi et (...mieux ?) géré pendant ces années de pouvoir. En fait, « ce n'est pas l'homme qui prend le pouvoir mais le pouvoir qui prend l'homme. » Les fonctions de l’État n'ont pas changé avec le changement de son chef ou même d'une part importante de son personnel, il a continué à réguler le système en huilant les grincements (ce qui a pu apporter quelque répit à ceux qui le subissaient. Ce n'est certes pas négligeable !) mais le gros capital, les multinationales ont surnagé sans problème majeur. L'homme, ou les hommes au pouvoir peuvent changer, il n'en reste pas moins que l’État et les structures sociales demeurent. Parce que si les sans-culottes agissaient en foule contre les suppôts de la monarchie pour faire naître un nouveau monde les dirigeants progressistes avec leurs chemises ouvertes sans cravates ne changent rien d'essentiel en occupant l’État existant – même s'ils le font avec vertu et simplicité.**** « Le citoyenniste se gargarise des grands principes de la tradition libérale et démocratique ...dans un contexte où il ne se passe guère de jour sans qu'un décideur ne les piétine. »*****

 

 

Il faudra bien que la démocratie dont on parle beaucoup finisse par prendre forme mais c'est bien dans la lutte la plus consciente****** pour celle-ci face à tout ce qui la muselle que l'on pourra la voir se dessiner. De cette façon on parlera de ce qui est et pas d'un mythe à réactualiser par de vaines invocations. Aucun état antérieur ne nous a gratifié de la démocratie dont nous avons besoin aujourd'hui. Aucun "sauveur suprême" au sommet de l’État pour nous l'apporter toute chaude. 


 

* Michel Bakounine à l'Association Internationale des Travailleurs


** «José Mujica vit avec 680 € par mois, le salaire moyen de son pays» voir « Un président exemplaire José Mujica » blog de Robert Magnani http://blogs.mediapart.fr/blog/robert-magnani/300313/un-president-exemplaire-jose-mujica


*** Les derniers mouvements sociaux au Brésil - parfois violents -  font apparaitre un mécontentement populaire proprement de gauche : manque de services publics (enseignement, santé, ...) dénonciation de la corruption des politiciens, ...


**** Comme l'exemple vient toujours d'ailleurs le (vertueux) président bolivien Evo Morales déclare : « il n'est pas possible qu'il y ait des sœurs et des frères à la campagne sans carte d'identité ni aucun document d'identification personnelle... nous souhaitons que toutes les boliviennes et tous les boliviens aient des papiers .. » La logique de la carte d'identité à laquelle des générations d'hommes se sont opposés en Europe (voir les pages magnifiques de Georges Bernanos sur ce sujet) annonce un contrôle plus stricte des populations – on le voit aujourd'hui avec les répertoires d'ADN mis en place par divers gouvernements en Europe. La critique de cette logique d’État est évidemment une idée étonnante, voire incongrue, pour les présidents en question et pour leurs supporteurs progressistes européens qui ne voient vraiment rien de mal à tout ça. Peut-être même y voient-ils une conséquence et un progrès nécessaire de la science...


***** " La liberté dans le coma " Groupe Marcuse. Editions de la Lenteur.


****** lire à ce sujet :  Capitalisme et totalitarisme .


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                                                                         décembre 2009 - REVU en octobre 2012

 

 

La pseudo philosophie à l'oeuvre

 

 

 

Vendredi 11 décembre la médiathèque de Béziers MAM nous avait gratifié d’une conférence de Yves Paccalet qui parlait de ses derniers livres.

Le conférencier a été présenté comme philosophe et son curriculum vitae avait  un côté très sympathique : il n’a pas passé sa vie derrière un bureau mais voyageant avec Cousteau un temps puis au fin fond de la brousse un autre, il a usé plutôt ses pataugas sur les routes que ses chaussures sur le parquet des amphithéâtres ( Tout autre chose qu’un Yves Michaud qui hante les studios de radio ou un Luc Ferry qui traîne sa silhouette dans les rangs UMPiste pour ensuite nous raconter ...les affres de la société de consommation ! )  Le titre de son dernier livre est très évocateur : Et l’humanité disparaîtra. Bon débarras !


arrestations Copenhague

Les questions posées par les interlocuteurs officiels devaient lui permettre de présenter ses positions sur le délicat problème de l’avenir des sociétés humaines. L’homme a oublié son animalité selon Y. Paccalet et de rappeler que les instincts de domination (sur les autres), de conquête (d’un territoire), de reproduction … -je cite en vrac-  font partie de la nature de l’Homme en tant qu’il est un animal particulier. Jusque là, bien entendu, pas ou peu d’objections. Vient ensuite toute une construction dans laquelle il n’est question que de l’Homme et de son impact sur la nature et sur sa survie. Cet Homme bien campé sur ses deux pattes de derrière qui aurait tant de mal à dépasser son animalité est en train de détruire la planète, de fabriquer un monde invivable et de succomber au poids de ses productions. Soit, mais …il y a dans cette vision des choses quelque chose à la fois de grand et de profondément réducteur : si, d’un côté on est en plein accord avec lui sur le constat d’un espèce humaine qui court à sa perte par manque de lucidité, on reste très perplexe sur l’analyse. En effet, celle-ci repose sur cet Homme abstrait qui n’existe nulle part et dont notre philosophe définit les caractéristiques. Marx avait déjà dénoncé en son temps cette manière d’aborder les problèmes humains dans le vague de l’abstraction : on oublie que les hommes ont été et sont différents entre eux à l’intérieur d’un même groupe, d’une même ‘nation’, qu’ils se sont opposés violemment et que ce qui a déterminé l’histoire humaine est à trouver sans doute dans l’histoire de ces affrontements. L’histoire de ces luttes est singulièrement escamotée si on y voit comme ce monsieur qu’une affaire de territoires. Il y a eu surtout aussi des intérêts à défendre à l’intérieur d’une même entité régie par un Etat. Pour s’en tenir à l’histoire de ces deux derniers siècles une lutte acharnée s’est engagée entre les possesseurs de la terre, des usines, du commerce qui ont changé le monde à leur avantage et les dépossédés qui, eux, ont perdu peu à peu leurs moyens de subsistance et pour finir leur manière de vivre ensemble. Les luddites, casseurs de machines et autres mouvements de lutte contre la société industrielle naissante au début du XIX° siècle, les mouvements ouvriers qui ont suivi pour la reconnaissance de leur ‘droit’ d’abord à survivre puis à souffler un peu dans la ‘course’ à laquelle ils étaient contraints de participer. Tout cela reste étrangement absent d’une analyse que ce 'penseur' laisse centrée sur un Homme abstrait, sans Histoire. Qu’un philosophe pense ainsi -on pourrait dire que ça n’a rien de surprenant. Malheureusement cette inclination à penser le monde humain comme un ensemble de ‘monades’, individus tous engagés au même titre dans l’histoire humaine n’est pas un cas isolé, c’est même un discours fréquent et qui n’est pas sans conséquence sur la pratique sociale , qui ne la dirige certainement pas vers la liberté mais vers une impasse.

Comment s’étonner si tous les hommes sont redevables d’une nature unique et surtout d’une responsabilité unique dans le cours des choses qu’une des options que M. Paccalet défend pour la sauvegarde de l’humanité soit de constituer un gouvernement mondial élu démocratiquement qui ferait respecter des lois applicables au monde entier avec en prime …des moyens de coercition à l ‘échelle mondiale. Tout comme son homme abstrait cette représentation ‘démocratique’ ne pourrait être que le reflet fidèle et terrifiant d’une humanité baignant totalement dans le marché mondial. L’administration de la planète reste quelque chose d’inimaginable sinon à ressembler à la bureaucratie onusienne et aux diverses organisations mondiales déjà existantes -FAO, OMC, …- dont les objectifs sont fondamentalement orientés par le commerce, la course au profit et à la production industrialisée - même en agriculture.

Ces organisations sont sous la coupe des multinationales qui existent à l’échelle mondiale, ont des problématiques à cette échelle car tel est leur terrain d’exercice. Mais pour les hommes communs on voit mal comment ils pourraient se servir de ces agglomérats éléphantesques qui n’ont rien à voir avec leurs ‘besoins fondamentaux’. La construction de l’Europe a montré la voie des fausses solutions : une organisation qui, au départ, avait pour but la réconciliation des peuples et un monde enfin apaisé a finalement pris la tournure d’aujourd’hui où le lien entre les peuples européens - maintenant érigé en norme - est la société de la ‘concurrence libre et non faussée’ ! Voilà le fondement trouvé de cette Europe dont on ne voit pas autre chose que le capitalisme - et cette démocratie où la liberté d'entreprise a plus d'importance que la liberté tout court - comme point commun à tous ! Comment imaginer qu’à l’échelle mondiale les initiateurs d’un Etat mondial puissent aboutir à autre chose …à moins que, d’ici là, n’intervienne un « heureux bouleversement » !

finie l'arméeLes initiatives de M. Paccalet - pour y revenir - s’intègre dans une vision finalement assez ‘candide’ de l’Histoire ; même le Grenelle de l’environnement reste à ses yeux une entreprise à laquelle il serait bénéfique de participer, c'est dire que son analyse de l'intégration de la critique sociale est inexistente ! Pour lui …tout le monde doit participer ! Loin de lui cette idée que la participation conduit tout droit à l'acceptation de l'aliénation. Les oppositions, elles existent, certes, il consent à le constater ! mais quoi qu’il en soit il faut, dit-il, discuter avec tout le monde. Pendant que ceux qui ont le pouvoir et peuvent donc agir agissent à leur guise. Comme si toutes les oppositions à l’intérieur de la société actuelle laissaient toujours la possibilité à la discussion et la recherche d’un consensus. Comme si tout ce qui se faisait en ce monde était le résultat d'une discussion 'démocratique'. 


« En prônant le consensus, le “tous ensemble”, on nie implicitement l’incompatibilité entre l’écologie et le business, on évacue la dimension nécessairement anti-productiviste de l’écologie, et l’on fait passer en douce l’idée que les entreprises polluantes ne sont pas le problème, mais détiennent au contraire la solution. » Jean Louis GUEYDON - Kokopelli


En oubliant que ‘toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique de caractère social’, en faisant des hommes une espèce où tous, indistinctement, sont capables de discussion et de compromis on se lance dans une impasse où il ne sera pas possible de contraindre les pollueurs de la vie humaine à cesser leur ignoble tâche … qu’ils pourront donc poursuivre avec l’obstination et l’impudence qu’on leur connaît.

                                                                                                                                                                                  décembre 2009

 



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