Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

7 août 2013

 

 

Où en est-on dans la ZAD de Notre Dame des Landes ?

 

 

Pour tous ceux qui ont eu des raisons de soutenir les zadistes dans leur combat contre l'aéroport ET SON MONDE on se trouve aujourd'hui dans une situation plus confuse.

1_ De l'extérieur (il est important de préciser que nous ne sommes pas sur la ZAD et, de plus, nous habitons fort loin de celle-ci) l'attitude de l'opposition à l'aéroport semblait avoir changé de nature : pendant un bon moment on n'a pas retrouvé grand chose de ce qui avait fait l'intérêt de cette lutte : le rejet des médiations politiciennes et de l’œil des journalistes, la volonté d'aller au plus près des nécessités du moment y compris en utilisant la violence quand c'est nécessaire, la dénonciation de tous les mensonges des politiciens.

« Plus qu’une simple résistance locale à un projet d’aéroport contesté, Notre-Dame-des-Landes est devenu le symbole de la lutte pour une véritable transformation écologique et sociale. » comme dit un site progressiste (en toute simplicité) sans se rendre compte que c'est précisément là le problème : transformation d'une lutte de chair et de sang en représentation idéologique (= symbole). Car il s'agit bien de ça.

2_ Il semble que l'unité des opposants à laquelle on avait pu croire lors des manifestations de novembre 2 012 et ensuite ne soit plus tout à fait une réalité. Il est question d'embrouille entre l'Est et l'Ouest de la ZAD. Et l'alliance des zadistes avec l'ACIPA n'a plus l'air de fonctionner vraiment. On a même eu droit à une agression verbale du porte parole de l'ACIPA contre les (ou certains) zadistes.

3_ Au moment donc où certains s'accordent sur le fait que cet aéroport ne pourra pas se faire on voit d'une part l'unité des opposants battre de l'aile et, d'autre part, que les événements rassembleurs, les manifestations nationales rassembler dans des formes qui n'ont plus grand chose à voir avec la manif de réoccupation.

Le vent aurait-il tourné ? Et pourquoi ?

 

Les informations qui parviennent de la ZAD à propos de son état actuel sont assez peu abondantes et cela rend la situation assez difficile à comprendre ...quand on est au dehors. Nous n'avons quant à nous que les infos qu'on peut glaner dans la presse, sur les sites, dans les messages échangés et celles transmises par ceux qui ont fait le voyage. 


ooo

1_ Le contexte depuis le 17 novembre 2012

Ce qui s'est passé depuis l'irruption des gardes mobiles qui ont vidé la ZAD, saccagé les maisons et les champs jusqu'à la manif de réoccupation du 17 novembre 2012 et au delà, a marqué les esprits. En effet, la critique qui a fait à ce moment-là irruption au grand jour était d'une nature sensiblement différente de celles qui se montraient à chaque moment de contestation – reconnaissable même aux yeux des observateurs les plus myopes ! Une volonté « de se battre sans s’en remettre aux politiciens, de ne pas entendre leur langue morte, de ne pas croire leurs promesses, de se méfier de leurs concessions » (1) d'aller jusqu'au bout, un refus de la représentation que ce soit par les politiciens habituels dont on n'avait jamais cherché ni la compagnie ni le soutien et un discours à l'opposé des mots d'ordre se voulant 'rassembleurs' et donc minimalistes des 'citoyens' habituellement en lutte. « Cette lutte s’inscrit dans un mouvement planétaire contre le capitalisme, les dominations et le contrôle social qui leur est nécessaire. Un mouvement d’émancipation des peuples par les peuples sans représentation institutionnelle. » (1)AUTOSTOPPEURS VERS NOTRE DAME

Le refus obstiné de voir les forces dites de l'ordre investir les lieux sans coup férir a occasionné quelques affrontements violents. Ici il ne s'agissait pas de laisser libre cours à leur colère ( par ailleurs, très justifiée ) mais de lutter lucidement pour rester dans cette ZAD qu'ils occupaient et montrer qu'on ne pouvait pas laisser les envahisseurs pénétrer sans réagir (2). D'où une organisation réfléchie dans les affrontements ; il s'agissait de résister – sans se faire bien sûr d'illusion sur l'issue face à la supériorité 'militaire' des flics – en utilisant les atouts stratégiques qu'ils possédaient. Le résultat a été sans conteste de provoquer la sympathie d'une frange importante de la population – ce qu'on a pu constater ensuite pendant les actions d'information auprès des passants et des automobilistes rencontrés. Peu de gens étaient outrés par la violence – comme les dirigeants d'ATTAC l'ont été – et la plupart comprenaient très bien les motivations à défendre de la sorte la ZAD. Il a fallu donc l'arrogance des 'citoyens professionnels' pour opposer leur vision qu'on peut qualifier de mensongère sans tomber en rien dans l'outrance. Il n'est pas inutile d'y revenir. (3) Ceux-ci avançaient que « Les opposants dans leur diversité ont multiplié les formes de contestation mais sont toujours restés intransigeants sur le fait que la lutte contre ce projet doit être non-violente. », et en rajoutaient même – façon Staline, «... en infiltrant des éléments provocateurs (4)  pour pousser à l’affrontement avec les forces de l’ordre ou à l’agressivité envers les journalistes ». Auxquels il a été répondu par des zadistes qu' « il faut un sacré toupet, après un mois et demi d’expulsion et de résistance acharnée dont les images ont été montrées en boucle sur toutes les télés et journaux, pour claironner à tout va sur le « pari de la non-violence ». Si nous ne nous étions pas défendu, de toutes ces manières là aussi, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la zad aujourd’hui, moins encore pour y vivre. » (6) En fait, plutôt qu'un pari de la non violence c'est un pari contre la non violence qui a été fait. « Contre la non violence » et non pas « pour la violence » : « quand les troupes sont revenues pour expulser, détruire et blesser - des centaines de personnes de tous horizons ont éprouvé côte à côte cette capacité d’auto-défense, avec des chants, des sittings mais aussi des cailloux et des bouteilles incendiaires. » car, comme les zadistes l'ont souligné,« La réalité du mouvement, c’est une multitude de personnes qui font de la logistique, des repas, de la communication, des collages, des dossiers juridiques, des lance-pierres, des pansements, des chansons, qui construisent des maisons, cultivent, se couchent sur les routes ou y courent masqués... » C'est tellement clair et simple que beaucoup de gens se sont retrouvés dans cette façon de voir cette lutte. Autant ce fut le rejet de la part des 'accros' du système – qui trouvaient bien extraordinaire qu'on puisse s'attaquer à leur monde de la production des marchandises et de leur consommation effrénée – autant ceux qui, peu ou prou, ne croient plus aux mensonges que celui-ci sécrète pour perdurer se sont sentis 'concernés' par cette lutte. Au lieu des conciliabules entre toujours les mêmes organisations politico-syndicales et associatives de gauche qui répètent les mêmes banalités depuis des décennies – banalités qui restent sans grand impact sur une population toujours plus léthargique – on avait enfin un peu d'air frais, des gens qui s'engageaient corps et âme dans cette lutte et parlaient vrai. (5) Et de plus étaient efficaces.


(1) A propos du texte "mépris de classe sur la Zad" sur le site zadnadir.org


(2) « nous nous étions préparé.e.s en amont aux possibilités de barrages et à la nécessité d’auto-défense des manifestant.e.s en cas d’agression policière. »


(3) C'est d'ailleurs en réponse à un texte des dirigeants d'ATTAC que les thèses des zadistes les plus lucides ont pu être exposées dans le journal Le Monde.


(4) Il y a des flics dans toutes les organisations – y compris à ATTAC – alors pourquoi pas dans la ZAD ? Dire que ce sont eux qui ont poussé à la violence alors ce serait dire qu'il n'y a que des flics sur la ZAD... Mmes George et Trouvé auteures du texte et coprésidentes d'ATTAC ne craignent pas le ridicule. 


(5) « Mais comment les convaincre ? » demande H. KEMPF à PMO qui répond : « D'abord par des gens qui prêchent l'exemple. Une des figures de l'époque est celle du déserteur, qui plaque tout pour vivre à la campagne. Nous avons besoin d'objecteurs de conscience, d'individus libres. » 

 

 

(6) Beaucoup de ceux qui ont fréquenté les lieux de l'occupation de la ZAD et étaient présents lors des affrontements le disent et le répètent : " La résistance à la force militaire, notamment lors de l’opération César en novembre dernier, doit beaucoup à ceux qu’on qualifie de « marginaux », vagabonds modernes. Tant qu’il y aura ces cabanes en bois, il y aura de l’espoir, je te le dis." site Reporterre. C'est nous qui soulignons.

 


ooo


 

2_ les divergences entre zadistes et avec l'ACIPA :

 

Cependant toute organisation sociale subit le poids de l'Histoire et la façon un peu « romantique » (1) dont la ZAD a été présentée pendant les premières semaines qui ont suivi la manif du 17 novembre a contribué sans doute à 'oublier' les difficultés de construire une communauté qui occuperait les lieux. Sans revenir sur « la présence d'infiltrés et de manipulateurs » – ce serait l'arbre qui cache la forêt ! – il y a des gens d'horizons et de sensibilités diverses dans ce lieu. Et le calme (relatif) qui a suivi les périodes d'effervescence liées aux affrontements avec la police a mis en avant les divergences entre les populations d'occupants. Divergences qu'on a du mal à qualifier d'idéologiques. Il semble plutôt qu'elles soient liées à la vie de tous les jours. Si bien que certains y ont vu que, contrairement à l'idyllique tableau brossé auparavant, « la zad est une micro société avec différents groupes, tendances... des personnes avec des projets solides et pérennes (maraîchage), en attente ou recherches personnelles diverses, mais aussi des personnes en grande difficulté psychologique ou sociale ...», et bien sûr des problèmes de cohabitation entre les uns et les autres qui allaient dégénérer parfois. On peut quand même se poser la question de savoir si la catégorisation indiquée ici est pertinente ! Toutefois « Ce fut parfois très impressionnant de voir une (des) collectivité(s) essayer de résoudre collectivement les problèmes rencontrés en son (leur) sein, en essayant que cette résolution soit la moins violente possible par rapport aux personnes ou groupes mis en cause. » Les divergences ont porté par exemple, sur la nécessité de couper une route d'accès qui, d'une part, selon certains, était nécessaire aux flics pour entrer rapidement dans la ZAD mais, pour d'autres, indispensable aux paysans pour passer avec leurs tracteurs. Il fallait donc choisir entre deux priorités. On se gardera bien de rentrer dans le débat encore moins de prendre parti, étant bien loin physiquement de la ZAD mais il semble que la discussion n'ait pas pu être menée à son terme c'est à dire à une prise de position commune.

Ces dissensions ont bien sûr affaibli le mouvement qui, jusqu'à présent, avait vu participer tout le monde – des gens de l'ACIPA et les zadistes les plus 'radicaux' la main dans la main. « Quand des paysans mettent en jeu leurs tracteurs et les enchaînent auprès des barricades, quand des trous sont creusés dans les routes, quand la police est prise en embuscade, il s’agit de se donner les moyens adéquats pour répondre à la situation. » disent les auteurs du texte paru dans le Monde.

Or, quelque mois après, le coup de gueule du porte parole de l'ACIPA rompt – dans la presse – le lien qui unissait tous ces gens. Certes, les dissensions préexistaient et ce ne fut que l'aboutissement de celles-ci. Mais enfin, c'est dans la presse qu'a eu lieu ce coup de gueule alors qu'un des actes les plus percutants des Zadistes fut précisément la critique de la presse et du spectacle qu'elle distille à l'attention des consommateurs d'infos. « Pas de grande surprise sur le fond, mais de la colère de voir dégouliner dans la presse ce qui devrait se discuter dans les assemblées du mouvement. » (2) Et c'est bien là le problème. On en arrive à un recul dans la façon d'être et d'agir car on a ainsi validé de facto le journalisme ; c'est du même ordre que si on avait porté le différent entre zadistes ...devant les tribunaux ! Ce recul ne semble pas poser de problème à certains, bien sûr, puisque la tendance la plus 'citoyenne' ne voit pas grand mal à rameuter la presse et lui laisser en pâture tout ou partie de ce qui se passe sur la ZAD (3). Ce ne sera pas le seul recul.

 

 

(1) « vision vraiment idéaliste des choses » a dit quelqu'un très 'au contact' de la situation.


 

(2) Hors Piste, un groupe en lutte contre l’aéroport et son monde issu du mouvement d’occupation. Qui ajoute : « En automne 2012, vous  [l'ACIPA]  condamniez fermement l’occupation militaire, maintenant votre porte parole condamne celleux qui s’y opposent encore. Il y a six mois, les occupant-e-s étaient des héro-ine-s, maintenant ce sont des parasites manipulé-e-s de l’extérieur ? Après quelques mois de solidarité forte, vous vous dissociez à nouveau des occupant-e-s. »  et  « Comment osez-vous oublier si vite que la mascarade du « dialogue », avec la militarisation et la criminalisation, sont la réponse de l’État à la résistance sur le terrain, aux barricades et affrontements de l’automne ? »  et enfin  « Quand vous allez cracher dans les médias sur ce qui vous dépasse et quand ça vous arrange, vous vous couvrez de ridicule et entamez sévèrement les bases communes de fonctionnement construites dans le temps avec effort. » C'est nous qui soulignons.

 

 

(3) « La médiatisation nationale du combat est absolument nécessaire à son succès, la mise en lumière du projet d’aéroport étant indispensable à la prise de conscience du grand public de son aberration. » communiqué de l'ACIPA, vendredi 30 novembre 2012

 


ooo

 

 

3_ Contre le "monde de l'aéroport" ? Vraiment ?

 La tendance des citoyens à vouloir produire des rassemblements les plus vastes possible est bien connue. 

Lors de la manifestation du 17 novembre l'intention était clairement affichée et avait été débattue depuis longtemps : on (ré)occupe la ZAD, on (re)construit les habitations, on (ré)aménage les lieux. Bref, on se (ré)installe. Les garde fous vis à vis de la violence possible avaient été étudiés : « Son objectif n’était certes pas l’affrontement et nous avions décidé dans ce contexte de porter une attention particulière à ce que celles et ceux qui ne le souhaitaient pas puissent l’éviter. » Vis à vis des journalistes quelques précautions avaient été prises. La présence de ceux-ci n'étaient tout simplement pas souhaitée sur certains endroits de la ZAD et... s'ils avaient besoin de renseignements ils n'avaient qu'à demander, on les leur donnerait. Peut-être finalement s'agissait-il d'éviter de se donner en spectacle ...au sens strict du terme !

La fête qui a suivi quelque semaines après, avec de la musique au programme, n'avait pas été déclarée et, malgré cela, la police n'avait pu intervenir que d'une façon marginale et sans conséquence sur les routes d'accès. Dans une ambiance bon enfant les gens étaient venus et avaient joué le jeu. Pas de ticket d'entrée, pas vraiment d'horaires, du travail collectif pour mettre tout en œuvre – tous n'ont pas mis la main à la pâte certes, ce ne fut pas la paradis ! Ce ne sera jamais le paradis. Les musiciens participaient gratuitement à la fête. Voilà peut-être une organisation à l'échelle humaine. A l'échelle d'une communauté de gens habitant la ZAD.

 

A l'opposé de ces premières manifestations, d'autres ont pris une tournure assez différente. La chaîne humaine qui a suivi a été voulue – c'était le but recherché – pour qu'un maximum de gens soit présent sans que ceux-ci n'aient rien d'autre à faire que de se tenir la main et impressionnent par leur grand nombre. 'Faire nombre'... 'Impressionner'... Un désaccord avec certains opposants de la ZAD est bien ressorti pendant l'organisation mais l'action a fini par se faire.(1) Proposer aux gens de « s'enchaîner » est une idée bien singulière. Même si cette chaine est symbolique. On a entendu dire qu'il avait même été envisagé d'organiser le survol de la ZAD par un hélicoptère rempli de journalistes pour qu'ils constatent l'encerclement de celle-ci. Si on compare avec la méfiance (tellement justifiée par leurs agissements précédents) vis à vis des journalistes il y a de quoi être très surpris du changement de perspective.

 

ZAD ACIPA festivités le spectacle

La manifestation de début août réserve du temps de « plaisir » avec des groupes musicaux « ne faisant payer que les frais de transport ». On a des musiciens qui se situent un peu plus près des 'têtes d'affiche' et dont on publie bien à l'avance les noms, histoire de donner l'idée aux consommateurs de venir. On n'est plus là dans l'échelle humaine et il est à craindre qu'on mette le premier pied dans le 'business' ; souvenons-nous de ces 'braves' vedettes du show biz qui se sont engraissés – avec leurs producteurs bien sûr (en améliorant leur image mais ...pas seulement l'image !) - dans les concerts 'bénévoles' et 'de bienfaisance' il y a quelques années. En tous cas, à force de vouloir du monde ( « le grand rassemblement estival devenu traditionnel mais qui, cette année, va prendre une ampleur inégalée. » dixit l'ACIPA) on finit par ne plus se situer dans le monde réel mais dans celui du spectacle (2). Gageons que tout le monde à l'ACIPA et dans la coordination des opposants n'est pas très regardant face à ce que, par ailleurs, d'autres considèrent comme un problème. Parallèlement, plusieurs causeries sont prévues pendant ce rassemblement : on aura ainsi droit – entre autres – à la désormais traditionnelle promotion de la transition énergétique dont les « experts citoyens » vont nous vanter encore une fois les grands mérites. (3) Et on pourra aussi évoquer « le retour à une solide représentation citoyenne, confisquée par les classes politiques dirigeantes. » Il s'agit d'un retour ? quelque chose de ce type a donc déjà existé ? Ces braves gens devraient nous dire dans quel lieu et à quelle époque on a pu avoir cette « solide représentation citoyenne ».

On a appris assez tard (l'ACIPA aussi, semble-t-il) que les Zadistes avaient concocté une fête alternative sur les lieux d'occupation. Il s'agissait « d'affirmer un autre point de vue au sein même d'une manifestation dont nous ne sommes pas au départ à l'initiative ». Le programme musical passe derrière les discussions et les exposés prenant « le point de vue de la lutte d'opposition directe ». - Au passage, la mairie de Notre Dame des Landes interdit le festival sous prétexte qu'il n'est pas ...administrativement déclaré. Na !  - A ce jour, nous  n'en savons pas plus sur la façon dont cela s'est passé à la ZAD. Normal, on n'y était pas ! Et on est loin des combats sur les chiffres que l'ACIPA a menés pour affirmer qu'il y avait - non pas 10 000 - mais 40 000 personnes qui étaient passées voir les spectacles.

 


(1)  "Nous ne nous enchaînerons pas" titre d’un tract diffusé le jeudi 2 mai 2013 à Poitiers lors d’une réunion publique de préparation de la chaîne humaine du 11 mai. À noter la présence à ce débat de Julien Durand, Dorian Piette, Françoise Verchère et de Véronique Massonneau, députée EELV de la Vienne qui a assumé son soutien à un projet de Center Parcs dans le Nord de la Vienne, un projet, selon elle, créateur d’emploi et qui permettra de valoriser la forêt. Vous vous demandiez qui avait tué l’écologie politique ? Ne cherchez plus...

 

(2) « Toutes les personnes présentes, public, artistes et organisateurs affichent une très grande satisfaction devant le professionnalisme de l’organisation, portée par près de 800 bénévoles... » Communiqué de presse de l'ACIPA du 4 août 2013. « Parmi la foule des jeunes venus davantage pour la musique, des moins jeunes disaient venir avant tout par "militantisme", à l'instar de Marie-Thérèse, originaire du proche village de Bouvron, qui porte un autocollant avec la mention "Non à l'aéroport et à son monde". » RTL.fr 4 août 2013. (c'est nous qui soulignons)

 

(3) programme des festivités du 3 et 4 août.

 

 

ooo

 

 

 

un autre capitalisme Marianne cr crIl est clair que vue la manière dont use l'ACIPA pour concevoir la fête et l'action politique « le monde de l'aéroport » a encore quelques beaux jours devant lui. Il ne s'agit pas ici de dire qu'il est mauvais de rassembler beaucoup de gens. Mais croire aux miracles de manifestations d'« une ampleur inégalée » (1) qui vont aboutir à de grandes conséquences parce qu'on y met un discours rassembleur, c'est plutôt là, le problème. Les paroles qu'on y entendra tourneront très certainement autour de notre monde « presque parfait » (2) qui subit les assauts des méchantes multinationales (on citera Vinci et on sera assuré d'avoir l'assentiment et les bravos du plus grand nombre), que l’État - définitivement bon 'en soi' - est malheureusement occupé par des gens qui font passer les intérêts des multinationales avant l'intérêt général. (3) Ceci étant la source de tous nos maux.

Ce que les zadistes avaient montré – par leurs actions – était  tout autre : « l’Histoire ne s’écrit pas seulement sous les projecteurs médiatiques et dans les cénacles politiques. » Ceci à l'attention des politiciens qui n'ont eu de cesse de chercher à draper l'histoire de la ZAD de leur idéologie. Comme les journalistes qui ont qualifié la contestation contre l'Ayraudport d'...écologiste ! induisant une paternité du parti du même nom. Brouillant ainsi complètement la compréhension de ce qui s'y passe. Bien entendu, pour faire comprendre quelque chose à des lecteurs il faut déjà soi-même savoir de quoi il retourne (il faut aussi ne pas avoir la volonté de déformer les faits en superposant les interprétations les plus simplettes). Des zadistes leur faisaient remarquer au passage que  « Nous sommes un peu trop complexes pour rentrer dans les caricatures du pouvoir : « ultras », « gentil écolos », « opposants historiques », « jeunes zadistes »...  Fort heureusement et malgré les tentatives désespérées d’Auxiette (PS farouche partisan de l'Ayraudport) ou de Lavernée (le préfet), les divisions posées en ces termes n’ont plus eu tellement de prises sur les dynamiques de ces dernières semaines. »

Ceci a été écrit il y a six mois. Aujourd'hui, on entend plus tout à fait le même son de cloche. Pire, on pouvait penser à un moment que la lutte contre l'aéroport avait absorbé celle qui se situe clairement contre ...'le monde de l'aéroport'. Vu l'exubérance des comités citoyens avec leurs critiques au raz... de l'aéroport. L'ACIPA en tête soutenue par les habituelles chapelles politiques et syndicales de gauche. Les deux 'partis' (au sens premier du terme), occupants de la ZAD d'un côté et ACIPA de l'autre, ont maintenant affirmé un peu plus qu'ils n'entendaient pas la lutte de la même oreille. Jusqu'à présent, le rassemblement est venu non pas avec la recherche d'un consensus large d'organisations mais, d'une façon dynamique, avec la convergence de gens qui se sont engagés dans cette lutte et d'autres qui ont cru nécessaire de la soutenir. (4) Qu'adviendra-t-il maintenant ?

 

 

(1) communiqué signé L’ACIPA et la Coordination des opposants

 

 

(2) On ne peut que conseiller sur ce sujet la lecture de l'excellent livre « La liberté dans le coma » du groupe Marcuse aux éditions La Lenteur.

 

 

(3) Sans jamais mettre en question cet 'intérêt général'. Celui-ci est défini ...par qui et comment ? Dans un monde comme le notre entièrement dominé par l'économie il est évident que l'intérêt général ne peut être que dicté par les impératifs de celle-ci. Doit-on se soumettre à ce point de vue ? et surtout comment ne pas s'y soumettre ?

 

 

 (4) Au Larzac une protestation de soutien à la ZAD a eu lieu contre le ministre Le Foll.

"Après quelques bousculades, les partisans de la Zone A Défendre ont érigé une cabane pour bloquer la route, malgré les gendarmes et... Pierre Burguière.

Si la prolongation du bail accordée à la Société civile des Terres du Larzac ravissait tout le monde, jeudi, sur le plateau du Larzac, certains ont voulu manifester leur mécontentement à l'encontre du projet d'aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes. 

Qui l’eût cru ? Qui aurait imaginé voir un jour Pierre Burguière et Léon Maillé, figures emblématiques de la lutte du Larzac, pousser aux côtés des gendarmes, face à des manifestants opposés au bétonnage de terres agricoles ?" 

citation de la presse locale. Photo ci dessous.



ZAD-Larzac-bousculades.jpg

 

 

 

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

 

 

 

 

ZAD, Notre Dame des Landes :

Comment se fait-il que les zadistes

aient attiré tant de sympathie ? 

 

4 Décembre 2012*

 

 

I On peut se demander par quel miracle les opposants à l'Ayraultport de Notre Dame d'Hollande ont pu obtenir un soutien aussi vaste un peu partout en France. C'est d'autant plus étonnant que les positions politiques des occupants de la Zone d'Aménagement Différé – devenue Zone A Défendre – sont qualifiées d'extrémistes. Et à juste titre, elles le sont.

Ce qui a été pour beaucoup dans la stupeur des uns et l'admiration des autres qu'ils ont provoquées, c'est la constance des zadistes dans leur combat. D'abord de la part de leurs partenaires paysans de la 'zone'. Arrivés sur le site de NDDL peu à peu depuis deux ou trois ans pour l'occuper, les paysans autochtones ont d'abord pensé que les « jeunes » allaient vite se lasser de cette ingrate vie paysanne. Ce n'est qu'en les voyant s'accoutumer à l'habitat qu'ils construisirent eux-mêmes et au mode de vie fruste, en les voyant vivre des potagers qu'ils se sont aménagé que les paysans du coin qui, comme eux, entendaient garder leur terre à l'abri des pelleteuses, se sont rendus compte de la pugnacité des occupants illégaux. L'image de l'anarchiste marginal sans prise sur la réalité avait déjà été écornée. Au moins auprès de ceux à côté de qui ils vivaient. NDDL-police-propriete-privee

 

 

 

 

II Quand les gendarmes sont arrivés et ont commencé à détruire tout ce que les occupants de la ZAD avaient construits cela a provoqué la sympathie de beaucoup de gens. Les flics tout caparaçonnés et équipés de toutes sortes de matériels de destruction ont ainsi détruit leurs maisons et leurs champs 1. L'espoir des autorités étaient bien sûr au départ que, comme d'habitude, les exactions des gendarmes soient passées auprès des 'citoyens paisibles' comme chose normale et allant de soi. Mais ce ne fut pas toujours le cas ! Quand il s'est avéré que l'affaire faisait des remous dans la conscience publique – et malgré l'évidence que la violence était le quasi monopole de la police – les 'étourdis' au pouvoir ont quand même accusé les zadistes d'être les casseurs dans cette affaire 2. En somme, ce n'est pas sans rappeler l'épisode de Mai 68, période pendant laquelle beaucoup de gens se sont sentis attirés par les actions des contestataires alors que d'autres restaient suffoqués, hébétés, sans comprendre ce qui se passait, terrorisés à l'idée que le monde pouvait simplement ...changer.

1 il semble qu'on ait été jusqu'à verser de l'essence dans les sources d'eau lors de la 2° invasion pour les empêcher de boire  !

2 Ils ont bien sûr eu droit aux caricatures habituelles de leurs nombreux adversaires. De gauche comme – bien sûr – de droite. Ces derniers ont à ce jour d'autres chats à fouetter avec leur combat des chefs mais leur retour au devant de la scène révélera à coup sûr l'unité toujours agissante des politiciens – droite et gauche confondues – pour les Grands Projets Inutiles (expression consacrée ...depuis peu).

 

 

III Parmi leurs détracteurs on a vu s'étaler avec la mauvaise foi habituelle les illuminés de l'économie et les aveuglés de la politique. Qui des patrons nantais ou des cadres du PS ont été les plus incapables de voir la réalité en face ? Les premiers commençant à peine à se dérouiller la langue, la palme doit être accordée aux seconds ; ils peuvent ainsi dérouler la stratégie vendue par leur fournisseur en relations publiques. Mais seulement après les conventionnels "mots doux" désignant tous ceux qui s'opposent au monde tel que, eux, le conçoivent. On a entendu le traditionnel « anarcho autonome » immortalisé par une ex ministre de l'intérieur de droite, l'antique « casseurs » issu de mai 68, mais aussi quelques innovations : les « éco-guerriers », et même – particularisme méridional d'un ponte local du PS : les …...« Gauchos de la pampa ». Comme ça ne suffit pas pour ramener l'ordre dans le bocage on leur a soufflé de recourir à l'habituelle panoplie des débats organisés par le pouvoir pour faire accepter les politiques qu'ils veulent mettre en œuvre. Encore une formidable commission du débat public qui est proposée ? Presque ! Une commission dont le personnel désigné par le gouvernement auditionnera les protagonistes. Elle commencera par rassembler les options de vie et de mort d'une façon très équitable ( « La commission s’attachera à rassembler l’ensemble des expressions et des attentes autour de ce projet » 3 ) puis, d'autre part, trouvera un compromis entre ...la mort et la mort ( « poursuivre le dialogue dans chacune des étapes de la réalisation du projet »  3 ) Il est dit clairement que l'Ayraultport sera construit et que la commission n'est pas mise en place pour étudier la validité du projet. Pourquoi est-elle donc mise en place ? Le fait d'avoir dans l'équipe directrice une certaine Claude Brévan "régulièrement membre ou présidente de commissions particulières de débats publics (CPDP) sur des projets de grands équipements" donne un aperçu des conclusions auxquelles arrivera la dite commission... Cela reflète bien la logique qui l'anime. Du même ordre que celle qui a animé si brillamment la dernière CNDP sur les nanotechnologies ; il n'y a pas eu de débat évidemment ! et cette petite présentation ne signifie rien moins que ceci : le pouvoir vous fait la faveur de vous écouter. Mais comme il a tout décidé, bon prince, et si cela est possible - histoire de vous calmer un peu - il vous accordera quelque satisfaction qui ne remettront rien en cause. Cela vous procurera au moins une espèce de satisfaction pour compenser vos frustrations.

L'abominable Borloo, en présentation du débat sur les nanos, ne disait rien d'autre : « on n'est pas là pour être pour ou contre les nanos, on est là pour en parler... », ça veut tout dire. On en parle... Et on se calme ! L’État saura ensuite se souvenir de ses  ...interlocuteurs valables 4

3 dixit le rapport ministériel

4 c'est bien : ses, adjectif possessif !

 

NDDL-combat_crs_jeune.jpg

 

 

IV Quant à ce qu'en dit la presse, la façon d'en parler varie selon qu'on veut oublier au plus vite que ce sont bien les Zadistes qui ont porté cette affaire au premier plan. Depuis quelques années la lutte contre cet aéroport se déroulait entre pétitions et controverses administratives. Le mouvement citoyen est allé jusqu'au bout de ce qu'il pouvait accomplir et – n'eût été la présence de ces empêcheurs de construire en rond – on en serait resté au constat de la défaite. Rien n'est gagné à ce jour bien entendu ! mais force est de constater que la présence des occupants et leur détermination a été le facteur déclenchant qui a redonné l'espoir en une issue favorable. Et qui a conduit à l'universalisation d'une lutte qui passe ainsi du statut de lutte locale à celui de lutte emblématique et nationale. La présence de beaucoup d'étrangers chez les occupants illégaux du site a aussi conduit à envoyer les informations sur cette lutte au delà des frontières françaises.

 

 

V Un cran a donc été passé dans la critique sociale – en actes – et l'idée que les technocrates ont tort, fait son chemin. Que le discours des politico techniciens, des divers gestionnaires du monde tel qu'il est et qui souhaitent qu'il perdure ainsi - que ce discours donc est mortifère. Que la violence vient en fait d'abord de ces gens là, du système lui même. Que - contrairement à ce qu'ils nous disent - leur seule logique est de prolonger la survie du capitalisme à tout prix. Que la connivence du PS 5 avec la multinationale VINCI n'est en rien un fruit du hasard mais qu'en toute logique le parti au pouvoir n'a rien d'autre à faire qu'à détruire un peu plus les terres, les mers et les gens...

Ce qui est une nouveauté maintenant, c'est qu'on peut lutter contre eux et rassembler une frange de la population non négligeable. Qui pouvait espérer, il y a quelques mois, rassembler 30 000 ou 40 000 personnes contre le projet de NDDL ? Qui pouvait imaginer la création de comités de soutien partout, les occupations des mairies ( comme à Millau, Ste Affrique ) Des manifestations quasi spontanées ( à Montpellier et dans d'autres villes ) ?

 

Il faut aussi remarquer que les zadistes n'ont pas coupé les liens avec les formes traditionnelles de lutte. D'autres collectifs s'en sont occupés. Les pétitions, les manifestations, les recours légaux, etc... tout ça continue ! Cette radicalisation due aux zadistes a de fait impliqué celle de l'ACIPA - association dont les membres sont des habitants des environs principalement - qui jusqu'à aujourd'hui refuse de discuter avec le gouvernement. Conscients que discuter dans le cadre établi par le gouvernement conduirait à négocier ce qui n'est pas négociable. Puisqu'on ne veut pas de l'aéroport. 

 

Peu de gens ont regretté l'attitude des zadistes qui se sont opposés aux forces téléguidées par le PS et Vinci. Hormis les quelques heurts avec les journalistes, les zadistes ont la sympathie de tous ceux qui s'opposent à NDDL. Qui plus est la cohésion entre les opposants a été renforcée. Rien à voir avec les habituels distinguos entre les bons ouvriers bien rangés derrière leurs représentants syndicaux et ceux qui ne peuvent que s'être égarés avec les irresponsables gauchistes.

 

Au crédit des zadistes il faut aussi - au passage - ajouter leur critique de la presse et des médias en général. Celle-ci est passée dans les actes. Ayant constaté à quel point la presse avait déformé toutes leurs actions en leur faisant porter l'image que celle-ci voulait bien leur donner, ils ont pu élaborer un plan pour éviter que l'information ne soit uniquement le fait de la presse. On gagne sans doute en clarté ce qu'on perd en efficacité. On peut dire aujourd'hui que la critique est lancée. Et à enrichir sur d'autres fronts.

5 une pancarte pendant la manifestation notait à l'adresse du pouvoir PS : Vous usurpez le terme "socialiste".

 

NDDL Non Aux Journalistes

VI Au delà de la sympathie accordée aux zadistes il faut aussi compter avec les reculades de certains politiciens qui voient le vent tourner et tournent avec. Bon exemple : le même Borloo qui, après avoir signé par inadvertance les permis autorisant les gaz de schistes et la fracturation hydraulique, s'en est ensuite repenti, nous refait le même coup maintenant. Lui qui signa « de sa blanche main le décret (le) déclarant d'utilité publique » déclare aujourd'hui que le projet d'Ayraultport est « intenable sur le plan économique et injustifiable sur le plan écologique ». Ce genre de positionnement politicien est un symptôme qu'une partie non négligeable dans (ce qu'il est convenu d'appeler) l'opinion publique penche contre le projet de l’État – et donc les politiciens s'affairent à récupérer ce qu'ils peuvent en déformant tout ce qu'ils peuvent. Cependant il ne faut pas confondre ceux qui – même sans partager les options zadistes ...d'ailleurs assez diverses – vont dans le sens de l'anti-capitalisme et ceux qui, comme Borloo, n'ont rien à voir avec cette optique et changeront d'avis au prochain coup de barre de l'opinion.

 

Il faut aussi compter aussi avec les spécialistes de la manipulation qui essaient de réduire les problèmes soulevés à NDDL à des différents entre les professionnels de la politique. Comme l'affrontement gauche – droite devient lassant pour les spectateurs, certains journalistes font maintenant de celui qui oppose le PS à EELV le nouveau spectacle offert par les médias à la contemplation des foules. Ceci a l'avantage pour les promoteurs du système de faire oublier l'essentiel du problème. En faisant passer tout ça derrière le rideau de fumée des affrontements - plus verbeux que verbaux - entre politiciens professionnels.

La contestation de l'action des médias était et reste une affaire urgente et il est bon qu'elle ait commencé à avoir sa juste place.

 

Il reste que la contestation de ce projet délirant d'aéroport de Notre Dame des Landes est une avancée certaine et riche de promesses.

A tous ceux qui refusent la fuite en avant technologique de poursuivre cette avancée et de l'enrichir.

 

 

* quelques retouches de forme du texte ont été faites le 8 janvier 2013. 

 

 

 

 

 

 

 

 


Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de Aristide Durutte
  • Le blog de Aristide Durutte
  • : Bulletin critique
  • Contact

Recherche

Liens