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Sommaire de la page :

1_  Banalités de base ...contre l'idéologie de la croissance [article de fond]        

1 novembre 2013

 

2_  Croissance ou décroissance ? [article de fond]                                         

Octobre 2011

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1° novembre 2013

Banalités de base

...contre l'idéologie de la croissance


 


 

Commençons par le début, entre partisans de la croissance et contempteurs de celle-ci, c'est un dialogue de sourds. On entend souvent les premiers dire aux seconds que – pour en arriver à dénigrer la « croissance » et le « progrès » – ils ne doivent pas avoir connu la vie sans eau courante ni électricité, sans réfrigérateur ni machine à laver, sans salle de bains ni téléphone, sans voiture ni chauffage central ... Et vient la question classique, indémodable : « Voulez vous que nous retournions à la bougie ? »

Pour éviter que certains – à force de répétition – finissent par croire à leurs (im)propres affirmations, soyons clairs : il 'est pas question de « retourner à la bougie ». Du reste pourquoi se fixer sur la bougie ? Celle-ci est déjà... un progrès énorme dans l'éclairage domestique. Pourquoi ne pas proposer le retour au dénuement total ? Si celui-ci a jamais existé. En fait, il faudrait sortir de cette volonté (assez tenace en général) de méconnaître le sujet, de s'en remettre aux poncifs habituels* qui ne relèvent pas de la pensée mais qui sont plutôt une protection contre la pensée.

Il est toutefois nécessaire de prendre en compte ce type de remarques – si fréquent – si on veut élaborer une critique intelligible et – espérons-le ! – efficace de la croissance. Car ce sera notre point de vue dans ce texte. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage, comme dit l'adage.


 

*...opposants la lumière (pour ne pas dire les Lumières) et l'obscurité (pour ne pas dire l'obscurantisme)


 

1

Toutes les générations d'avant le lave linge et le frigo ont-elles éprouvé un manque du fait qu'elles n'avaient pas ces outils dans leur vie quotidienne ? Avons-nous éprouvé un manque il y a 30 ans vis à vis des téléphones portables ou des ordinateurs que nous n'avions pas puisqu'ils n'avaient pas été produits ? Sûrement non. Par contre, on peut être sûr d'une chose : quand nous n'avons rien à manger nous avons faim ! et ceci est une vérité universelle. Voilà un besoin fondamental. Quand un besoin de ce type n'est pas satisfait il est clair qu'on ressent un manque. En tous lieux, en tous temps. De même quand on a froid et qu'un vêtement chaud nous fait défaut. Or, l'humanité 'ancienne' n'a bien sûr jamais ressenti de manque de téléphone portable ni d'ordinateur. Alors que beaucoup de nos contemporains ressentent un manque qui peut aller jusqu'à l'angoisse s'ils n'ont pas leur téléphone à portée de main. La différence réside dans le fait qu'un quidam d'aujourd'hui n'a pas les mêmes besoins qu'un citoyen de l'Athènes antique ou ceux d'un chasseur-cueilleur bochiman. Ce qui fait apparaître les besoins comme relatifs à un contexte social. Et c'est ce que beaucoup oublient de considérer quand ils parlent de satisfaction des besoins par les divers appareils mis sur le marché.

« Les besoins ne sont pas, comme souvent les économistes tendraient à le croire,les invariants de la nature humaine mais une création permanente de l'histoire et des structures sociales.[...] on peut tenter de découvrir les processus économiques et sociaux qui expliquent comment tel besoin et tel produit naissent de tel autre produit et de tel autre besoin. La racine des besoins économiques ne se trouve pas ailleurs que dans la source la plus profonde de l'activité psychique de l'homme. » * En d'autres termes, dans un monde déterminé, la voiture devient un outil indispensable qui se greffe sur d'autres produits qui sont eux-mêmes tout aussi indispensables.

 

* Hubert Brochier. Encyclopédia Universalis. Rubrique : 'Besoins économiques'.

 

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La production de voitures est un processus socialement déterminé. De même que le france pollution20040507désir d'en avoir une*. On peut se réjouir d'avoir une voiture certes. Ce qui fait jaser les défenseurs de la croissance, c'est que toutes les activités liées à son utilisation ne sont pas forcément déterminées par l'aliénation aux marchandises. Bien entendu, elle permet de rencontrer des amis qui habitent fort loin, aller voir une exposition de tableaux dans une ville voisine ou éloignée ou bien même aller à une conférence-débat sur la ...décroissance ! Mais ceci est bien sûr lié à une société de la mobilité permanente comme la nôtre. On va chercher loin uniquement parce que l'on n'a pas ce que l'on cherche à proximité et surtout parce que les distances apparaissent "raccourcies" du fait des voitures. Envisage-t-on d'aller prendre l'apéritif chez des amis à Tahiti ? Le besoin d'aller voir des amis à Tahiti n'existe pas parce que le monde ne l'a pas inventé ! On ne peut décider d'habiter à 10 km ou plus de son lieu de travail que parce qu'on a une voiture ! Et cela conduit à l’avènement d'un monde à plus grande échelle où l'on côtoie ses amis à des dizaines de km, ce qui ne venait pas à l'idée avant qu'il n'y ait de voiture. Par ailleurs, il est devenu peu à peu impossible de trouver du travail si on n'a pas de voiture (ce qui amène certains farouches partisans de l'automobile à nous dire que notre monde est quand même formidable puisqu'il permet d'aller tous les jours travailler à des dizaines de km !) on peut aussi se demander si acheter sans carte bancaire est toujours possible ? Commander un billet d'avion sans avoir de n° de téléphone portable à donner, etc... Les innovations technologiques, dont la possession et l'utilisation étaient facultatives à leur apparition, deviennent de plus en plus incontournables jusqu'à devenir tout à fait obligatoires. A moins qu'on n'accepte d'être marginalisé bien sûr.

 

* La liberté de se déplacer assez loin est un désir lié à un monde où l'on se sent confiné. Dans une société rurale on ne se soucie pas de cela, les progressistes disent avec certaines raisons que l'ambiance y est étouffante. Cependant, c'est dans un monde urbanisé que chacun se sent atomisé et éprouve un besoin de s'échapper au loin….

 

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Il n'y a pas, du reste, que les économistes pour croire à cette invariance des besoins. Les « progressistes » s'accrochent à cette idée que le système capitaliste malgré tous ses « mauvais cotés » apportent tout de même des innovations technologiques qui libéreront l'humanité. Il suffira donc – pensent-ils ! – que l'on s'approprie ces innovations (pour le moment propriétés d'une bourgeoisie dominatrice et prédatrice) pour trouver l'émancipation au bout du processus. Or, si les besoins sont relatifs à des structures sociales cela implique que ces besoins changent sous l'impulsion de la société et ...qu'ils peuvent changer si la société change ! Deux idées que les « progressistes » ne peuvent pas atteindre tant ils sont convaincus que les besoins de voiture, de téléphone, etc... qui sont enfin satisfaits ont libéré les populations du manque. Une espèce de manque fondamental attaché à la nature humaine. Bourgeois et progressistes ont ceci en commun qu'ils pensent que la société industrielle a délivré les humains de la rareté des moyens de subsistance et des multiples objets que cette société produit. L'homme vivant dans une société précapitaliste – à les croire – ne peut être qu'un homme éprouvant le manque et donc éprouvant le besoin lancinant et permanent d'acquérir les "richesses" que le capitalisme produit.* Une société d'abondance serait, pour les progressistes, le seul terreau sur lequel la société émancipée pourra naître. Terreau jamais réalisé ; mais ils le croient réalisable.

 

* Suite aux recherches sur les nanotechnologies les ' transhumanistes ' nous vantent l'Homme augmenté qu'ils veulent produire. Sorte d'hybride mi homme mi robot aux capacités surhumaines. Nous faisant passer leurs désirs pour les notres : « Bien sûr, ce n’est pas « l’homme » qui veut s’augmenter, mais les chercheurs, industriels et décideurs qui imposent de nouvelles normes surhumaines – biotechnologiques – auxquelles les simples humains doivent se soumettre (s’ils en ont l’argent) pour survivre dans la guerre de tous contre tous. Crève ou marche. » Hors  sol & PMO.

Kurzweil, le pape transhumaniste, est d'ailleurs tout à fait conscient que la transformation de l'humain en cyborg  ne se fera que peu à peu. Au fur et à mesure que s'imposeront les qualités surhumaines qui permettront de (sur)vivre dans la société qui se profile à l'horizon.

 

 

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Hormis certains besoins fondamentaux bien sûr, les besoins que satisfait le capitalisme sont indissociables du monde où ils voient le jour. 'Ma-ka-tai-me-she-kia-kiak' dit 'Black Hawk', chef des indiens Sauks et des Foxes nous dit clairement que dans le monde où il vivait avant l'arrivée massive des Blancs (qui allaient changer radicalement le cours de choses) règne l'abondance et aucun manque ne s'y fait sentir :« Nous avons toujours eu beaucoup ; nos enfants n'ont jamais pleuré la faim, notre peuple n'a jamais manqué de rien.... Les rapides de Rock river nous fournissent en abondance un excellent poisson et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, de citrouilles et de courges. Ici était notre village depuis plus de cent ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée du Mississipi sans qu'elle nous fût jamais disputée... Notre village était sain et nulle part, dans le pays, on ne pouvait trouver autant d'avantages ni de chasses meilleures que chez nous. Si un prophète était venu dans notre village nous prédire ce qui devait advenir, personne ne l'aurait cru. »*

Il y a dans l'esprit de tous ceux qui soutiennent l'idéologie de la croissance l'idée que celle-ci " réaliserait les aspirations éternelles de l'Homme, qui viserait  toujours et partout son bien individuel " ... " Mais  s'il en était ainsi pourquoi le capitalisme a-t-il presque toujours dû être imposé par la force à des populations récalcitrantes ? " **

Or, pour revenir au capitalisme qui a détruit les sociétés amérindiennes et à son « dépassement », que les progressistes espèrent : un texte de discussion sur un site du PCF nous dit : « Les trois premiers marchés du capitalisme sont les armes, la drogue et le sexe ! Qui peut penser construire un autre monde sur ces bases ? D’autant qu’il faut ajouter qu’une autre part importante des dépenses organisées par le capitalisme, donc du PIB concerne le contrôle et la répression ! » Bien sûr, c'est bien là le problème. Et la réflexion est intéressante de la part de membres d'un parti qui se plie régulièrement devant le mythe de la croissance. C'est de là qu'il faut partir pour une réflexion sur la croissance.

 

* "Pieds nus sur la terre sacré"  Ed Denoël.

 

** Anselm Jappe ' D'une utopie à l'autre ' dans Crédit à mort. Ed. Lignes.

 

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Venons-en donc maintenant à la critique de cette société qui produit des objets en masse puisqu'il est apparu que la satisfaction des besoins ne doit pas être prise avec le petit bout de la lorgnette mais du point de vue de la société globale. Pour abréger nous dirons : la société industrielle. Il faudrait peut-être commencer par se poser la simple question suivante : Pourquoi n'a-t-on pas arrêté de produire des appareils après avoir produit – coup magistral ! – ces produits essentiels que sont le frigo, le lave linge, etc ...qui, plusieurs décennies après que l'on a commencé à en produire apparaissent toujours en première ligne dans les discours des défenseurs de la croissance. Le frigo et le lave linge avaient procuré l'intense satisfaction que l'on sait, et bien contents d'avoir satisfait ces besoins-là – fondamentaux ??? – pourquoi a-t-on continué à produire tant d'autres appareils ...sans que personne n'ait rien demandé*, sans avoir attendu que la société manifeste un besoin !

L'on observe, à l'inverse, que plus on va et plus on produit d'objets. Plus cette production d'objets apparaît comme indispensable non pas pour satisfaire des besoins mais ...pour elle-même**. Produire plus. Tout simplement et toujours plus ! Le but de la production dans cette histoire aura été perdu ? En tous cas, ainsi est advenu le règne de la production nécessaire. Un monde qui est dominé par l'absolue nécessité de produire et puis vendre et ensuite produire et puis vendre, etc ...à l'infini. Il s'agit bien là de la croissance que l'on nous sert et ressert en permanence comme une évidente nécessité. Sans jamais questionner les besoins que celle-ci est censée satisfaire. Puisque la croissance est une nécessité. Une nécessité seulement pour s'entretenir elle-même ! C'est la source supposée de toutes les richesses. Et cette idée assez étrange est suffisamment répandue aujourd'hui pour que les politiciens puissent la mettre en avant sans avoir jamais à la justifier.

 

* « ...que penser de cette profusion d’objets de consommation qui élargissent les linéaires de grande surface, dont la durée de vie est toujours plus courte ? Peut-on raisonnablement considérer comme un progrès d’avoir chaque jour un « packaging » différent d’un produit de base identique, mais qu’une forte dépense publicitaire présente comme indispensable ? » toujours dans le même site du PCF. N'allons pas croire cependant que le ' Parti ' s'est converti à la ...décroissance. L'article poursuit avec une diatribe baignée d'idéologie productiviste :« Le besoin en énergies continuera à croître fortement SI on répond réellement à ces immenses besoins humains ! »Ça y est : retour sur les besoins humains invariants et inchangés depuis l'aube de l'humanité.

 

** On peut le voir autrement : « Le capitalisme n’a pu se développer qu’à partir d’une mutation dans la conception globale, métaphysique, suivant laquelle les hommes vivaient. Une fois admis que « Dieu est mort », il reste effectivement cette fuite en avant dans la recherche d’un « bonheur terrestre » qui échappe perpétuellement et qui donc en vient à susciter des frustrations de plus en plus insupportables. La croissance est non seulement une idéologie, elle est une religion, ou plutôt une inversion du principe de toute religion : qu’il y a des limites et que l’on doit accepter de ne pas être Dieu. » Jyhel.


 

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La cause fondamentale de cette situation est que les populations n'ont aucune maîtrise collective de ce qui est produit. Personne ne nous demande ce qu'il faut produire, en la matière les populations n'ont aucun droit au chapitre. Remarquons aussi que l'on produit des marchandises, c'est à dire des objets vendables.* Des objets qui pourraient satisfaire des besoins mais surtout qui peuvent être achetés. On a peu produit de recherche contre le paludisme (comparé à celles faites en Europe contre l'excès de poids ou le maquillage des rides) car ceux qui devraient acheter ces produits "exotiques" (les habitants pauvres de l'Afrique, par exemple) n'ont pas assez d'argent ! Entre la production d'objets et leur consommation il y a une totale opacité. On a produit des frigos parce qu'on a pensé qu'il y avait un besoin à satisfaire mais surtout parce qu'on a pensé que ça se vendrait bien. Si les choses étaient – comme le disent les patrons, seuls décideurs de ce qu'il faut produire – produites seulement en fonction d'un besoin qui ne demanderait qu'à être satisfait il n'y aurait pas toute la publicité et le marketing entre l'entreprise qui produit, le distribue et le consommateur qui l'achète**. Et il n'y aurait pas non plus tant de besoins non satisfaits dans des contrées où les gens n'ont pas l'argent pour acheter les produits qui satisferaient des besoins pourtant fondamentaux (puisqu'il s'agit simplement de survivre).

Par ailleurs, produire une marchandise ne serait pas aussi risqué, les apologistes de l'économie n'en viendraient pas à discourir sur la condition du patron qui prend des risques et qui se bat pour conquérir des marchés. Ce discours guerrier prouve seulement qu'il n'y a rien de 'naturel' dans la satisfaction des « besoins » par l'économie. Que ces étranges « besoins » n'émergent qu'après des questionnements et des situations si complexes (car propres au monde de l'économie) que les réponses apportées contiennent un énorme risque d'erreur. « Que doit-on produire ? » « Ce marché est-il porteur ? » voilà des questions très fréquentes dans une entreprise. S'il s'agissait vraiment de satisfaire un besoin 'objectif' on serait vite fixé.

 

* "A quoi sert le secteur des services financiers aux entreprises ou aux particuliers ? A quoi servent les sociétés qui organisent l’endettement des ménages ?".

 

** 50% des dépenses des grands éditeurs de logiciels sont consacrées au marketing !

 

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pub désir 1En fait, depuis longtemps le monde capitaliste est construit sur le  désir de consommation plus que sur le besoin. Ce premier saut qualitatif a bien sûr vu le jour aux États Unis : « Nous devons faire passer l'Amérique d'une culture du besoin à une culture du désir, à vouloir d'autres choses avant même que les anciennes ne soient consommées, nous devons former une nouvelle mentalité en Amérique, les désirs doivent éclipser les besoins ( il faut ) que les gens se mettent à acheter ce qu'ils veulent et non ce qu'il leur faut » l'idée était de Paul Mazer, banquier à Wall Street. Quelques années après, Edgar Hoover élu président des Etats Unis en 1928 (...ce n'est donc pas vraiment d'une grande nouveauté !) – en s'adressant à un groupe de publicitaires et de conseillers en relations publiques dira : « Votre métier est de créer du désir et de transformer les gens en automate du bonheur, en machines qui deviendront la clé du progrès économique. » La phrase a le mérite d'être claire et limpide : pendant que certains dissertent sur les avantages de l'électricité sur la bougie – enfonçant ainsi des portes déjà largement ouvertes : bien sûr, l'électricité a des avantages sur la bougie ! – d'autres avancent dans la compréhension de la société où la consommation des marchandises a largement pris le pas sur la satisfaction des besoins*. Ceux-ci n'étant, à l'échelle de la société entière bien sûr, que de simples prétextes à produire. Créer du désir devient la clé du progrès économique : la boucle est bouclée, le but ce n'est pas la satisfaction de besoins mais le développement économique lui-même, la croissance.

C'est bien là le problème : les populations n'ont aucune prise sur ce qui est produit et la production des marchandises repose sur une logique qui n'a rien à voir avec des ...besoins.

Poursuivons la logique : pourquoi ne fabrique-t-on quasiment que des voitures remplies d'électronique alors que bon nombre de gens voudraient s'en passer ? Pourquoi a-t-on construit des centrales nucléaires dans les années 70 alors que les français étaient majoritairement contre, etc... En d'autres termes : pourquoi ne maîtrise-t-on pas cette production d'« outils » qui ont parfois pu rendre la vie commode mais qui la rendent aujourd'hui de plus en plus invivable ? La réponse est assez simple : parce que leur production n'est pas faite pour satisfaire des besoins humains, elle ne satisfait que le désir de faire du profit.

Le fameux « intérêt bien compris » dont Adam Smith a pu dire qu'il conduit l'intérêt particulier à servir l'intérêt général est aujourd'hui une voie sans issue. Et, bien entendu, en conséquence, dès qu'un 'besoin' est satisfait il n'est pas question pour les entreprises productrices de s'arrêter en si fructueux chemin ; au contraire, il faut continuer de plus belle. Créer des besoins. Et, si nécessaires, de toute pièce. Plus artificiels, ceux là, à grand renforts de publicité et de marketing.

Il n'y a pas toujours des efforts à faire pour en trouver car le monde qui a changé créent forcément d'autres besoins. Nouveaux, inconnus et inattendus. Mais bien réels quand même. La voiture automobile qui, dans les années 1900 par exemple, était un objet de luxe est devenu une nécessité quelques décennies plus tard. Et ainsi de suite**. Dans ce contexte, c'est un mouvement perpétuel de production de besoins «artificiels » et d'objets pour les satisfaire. Éternellement.

Produire-consommer sont les deux mamelles du capitalisme depuis un siècle. « La main invisible »*** du marché amène la société à un certain équilibre. Aidée quand même grandement par les interventions indispensables des États comme on a vu dernièrement avec les aides colossales distribuées par ceux-ci (l’État américain en tête) aux banques en faillite pour éviter que le système bancaire ne s'effondre complètement.


 

* La contestation dans les années 60 avait bien mis ce fait en avant heurtant de front l'idéologie des Trente Glorieuses et de l'accession « des masses » aux biens de consommation. « La société de masse (...) est essentiellement une société de consommateurs, où le temps du loisir ne sert plus à se perfectionner ou à acquérir une meilleure position sociale, mais à consommer de plus en plus, à se divertir de plus en plus (...) Croire qu'une telle société deviendra plus 'cultivée' avec le temps et le travail de l'éducation, est, je crois, une erreur fatale (...) l'attitude de la consommation, implique la ruine de tout ce à quoi elle touche. » La Crise de la culture - Hannah Arendt.

 

** dans nul autre domaine que celui de l'informatique la situation n'est aussi 'parlante'. « même bien équipés les ménages américains ...doivent sans cesse renouveler leurs biens.[ Chacun est dans l' ] obligation de changer son matériel pour qu'il soit compatible avec les dernières nouveautés... le changement d'un élément entraîne le changement du reste dans un ballet sans fin » (C. Biagini L'emprise numérique Ed. De l'échappée). On cherchera en vain là dedans ...un besoin. A moins d'en revoir la définition bien sûr. 

 

*** A l'époque d'Adam Smith on aurait difficilement pu imaginer un monde où l'on fabrique tant d'objets "inutiles" seulement pour les vendre. Et, qu'en plus, on parvienne à les vendre !


 

8

 

Il est fréquent d'entendre dire que les opposants à la croissance économique sont des idéologues* et les défenseurs de celles-ci des pragmatiques. Que seuls des idéologues peuvent être contre l'« évidence » des bienfaits de la croissance. Il faut rappeler que cette évidence peut et doit être questionnée. (C'est ce que nous avons fait.) Tout particulièrement quand on constate que les produits de cette croissance font apparaître des problèmes multiples, inattendus et reconnus de tous.

     « Un pêcheur de Kolva (Sibérie) montre sa maigre prise. « Ils (= l'industrie pétrolière) sont arrivés il y a 40 ans, ils ont creusé des puits et ont laissé le pétrole se répandre sur les terres et dans les rivières jusqu’à ce que les poissons se mettent à nager sur le dos. Là, on a compris à quoi ressemblerait l’avenir. » La pêche, la chasse et l’agriculture étaient les métiers traditionnels des Komis, mais aujourd’hui, plus personne ne peut vivre de ces activités. ». Les gens qui produisaient leur subsistance il y a quelques décennies en sont empêchés par les industriels qui détruisent leur lieu de vie et la terre qu'ils cultivent. Si on prend ici l'exemple de l'extraction de pétrole et la production d'énergie c'est bien parce que celle-ci a un caractère emblématique. L'énergie est censée servir à tout ou presque. C'est la garantie de la croissance elle-même. Dire que l'industrie satisfait les besoins et qu'il serait imbécile – voire criminel – de ne pas passer par les délices qu'elle promet, c'est là manifestement un aveuglement tout-à-fait idéologique ! Puisque, pour beaucoup de gens, celle-ci détruit les bases mêmes de la satisfaction de besoins aussi fondamentaux que manger et boire en souillant la terre et l'eau. « Les habitants de 14 villages de l’est de la Côte d’Ivoire manifestent contre la surexploitation minière qu’ils accusent d’avoir détruit leurs terres agricoles et de menacer à présent les populations. Et le gouvernement reste sourd à leur appel. ...Avant que Taurian (société indienne extrayant le manganèse) ne commence en 2008 ses travaux d’extraction, les habitants de la région de Bondoukou vivaient en effet principalement de la culture de l’anacarde, la noix de cajou. Or aujourd’hui, disent-ils, il n’existe presque plus de terres cultivables... » Les autorités sont aux abonnés absents ! Bien sûr.

Les situations où l'industrie saccage les territoires abondent aujourd'hui partout dans le monde au point qu'il y a bien une saturation mondialisée de nuisances dues à la société industrielle : du Mexique jusqu'à la Chine en passant par la France. La société a même tellement détruit la Terre que des cataclysmes maintenant largement prévisibles pourraient achever le travail accompli par le capitalisme triomphant. Le réchauffement climatique, la montée du niveau des mers, ... Des terres appauvries (au point que, sans les intrants industriels, pas grand chose ne pourrait pousser) jusqu'aux 75% des cours d'eau français qui sont pollués en passant par les nappes phréatiques qui sont aussi en bonne voie de l'être, regorgeant de pesticides dans certaines régions dites 'agricoles'**, les dommages dus au développement industriel depuis deux cent ans sont énormes. Quels progrès n'est ce pas ?

Notons que la Chine aura détruit ses terres agricoles en moins de cinquante ans ...en optant pour le développement industriel accéléré. Et que dire du continent américain en proie aux chimères génétiques ?

 

* Il est utile de rappeler que les gens du MEDEF passent toujours par ce genre de qualificatif vis à vis de leurs opposants.

 

** l'agriculture industrielle qui a été en pleine expansion pendant les Trente Glorieuses que les "progressistes" couvrent de louanges. Il s'agit évidemment de cette façon de faire de l'agriculture qui consiste à aligner les exigences de l'agriculture sur celles de l'industrie.

 

9

 

Pourquoi diable les gens acceptent-ils leur condition et adorent-ils la croissance tel le veau d'or ? Il n'y a pas que le charme discret ou tapageur de l'idéologie « croissantiste » qui opère. Les gens n'acceptent pas toujours spontanément et consciemment qu'on aliène leur liberté. Ça ne se passe pas aussi simplement ! « la sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéo surveillance et les contrôles. » dixit Pierre Gattaz, actuel président du MEDEF. Afin que la population s’habitue aux contrôles biométriques, les industriels suggèrent ni plus ni moins que les pouvoirs publics les aident pour que l’éducation à ces technologies sécuritaires soit faite« dès le plus jeune âge ». Voilà bien où mène la société industrielle, celle dont les apologistes vantent la production des lave linge et des couches culottes. Faire feu de tout bois 1) en empêchant les gens de produire leur subsistance et ensuite 2) en les enserrant dans des mécanismes de contrôle pour qu'ils changent d'avis (comme pour le nucléaire !) et soient dépendants des modèles de comportement que les pouvoirs favorisent.

Quel rôle joue donc le frigo dans cette affaire ? Et le lave linge ? Et tous ces produits industriels qui ont satisfait il y a  quelques décennies des besoins qui ne peuvent paraître aujourd'hui que très simples, trop simples ? « les machines étaient censées libérer du temps des pesanteurs du réel pourtant elles nous font vivre dans l'urgence. Plus le temps de flâner, de se reposer, de rêver, il faut accélérer, vivre dans l'instant, et finalement dans la fuite en avant, incapables d'être présents là où nous sommes. »* Conséquence de l'emprise numérique : autre pseudo « besoin » récemment satisfait ...jusqu'à l’écœurement ! Là où le capitalisme nous promettait la liberté nous ne trouvons que le chaos dans la nature qu'il a écrasée, la platitude d'une vie dont tous les instants qui ne sont pas occupés par le travail ne doivent pas échapper à la consommation.

Quel rôle joue donc le frigo ? Un bon prétexte pour produire toujours plus : vous voulez des frigos et des lave linge ? eh bien, vous aurez des centrales nucléaires, des nanotechnologies, des biotechnologies, etc... Et des puits de forage en prime à vos portes. Qui apporteront des nuisances certes ; mais il faut bien payer le prix du progrès, n'est ce pas ? C'est sans doute là le discours des promoteurs du système industriel. Rassurons tous les accros de la croissance, il n'est pas question d'abandonner les ustensiles qui nous seront utiles mais il sera indispensable de créer des conditions où ceux que nous jugerons inutiles soient abandonnés. Au plus vite car conrairement à ce qu'en disent les gestionnaires, le temps presse ! et la transition ne peut prendre des décennies**. Ainsi nous passerons notre vie à autre chose qu'à produire et consommer. Refusant ce qui nous prive de notre humanité.

 

* L'emprise numérique. Cédric Biagini Ed. De l'échappé.

** "la transition vers un système énergétique durable se fera sur des décennies " Document émanent du Conseil Régional Nord Pas de Calais..

 

 

 

 

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octobre 2011

 

Croissance ou décroissance ?

 

Suite à l’article sur Pierre Rabhi nous avons reçu le commentaire suivant

 

Ah mais moi je ne suis pas contre la croissance !
Si vous voulez vivre dans le registre qui a été le mien dans mon enfance c'est votre liberté pleine et entière mais moi je n'en veux pas du tout !
J'ai porté un slip pour la première fois de ma vie à 12 ans, j'ai goûté pour la première fois au beurre à cet âge là. Je ne proposerai jamais ce modèle de vie à personne.
JC

 

  

Ce qui amène la mise au point qui suit :

 

La remarque est pleine de bon sens. Nul n’a envie de vivre …mal ! tout le problème étant de cibler ce que signifie ‘vivre bien’ ou ‘mal’. On peut légitimement penser qu’avec un slip on est mieux que sans. Mais dans la critique de la croissance économique s’agit-il bien de cela ? aujourd’hui on produit tout ce qui a pu manquer à ces communautés paysannes et ouvrières en France il y a encore quelques décennies. Largement. Et bien au delà du nécessaire. La question n’est donc pas de se priver du nécessaire ( pour quelles raisons, d’ailleurs ? ). 1 mais de refuser de crouler sous le poids du superflu. Tout ce qui est produit ne peut être mis sur le même plan. Est-il sans importance qu’un yaourt fasse le tour de la Terre pour arriver dans notre assiette ? qu’il soit produit dans un semi esclavage ou par un ouvrier qui bénéficie de quelques droits ? la production et la circulation des marchandises n’est un horizon indépassable que pour la bourgeoisie qui a érigé tout ça en système ; que les ouvriers et les « gens ordinaires » s’en satisfassent relèvent du même et triste phénomène que celui de cet électorat populaire qui vote pour les représentants des politiques les plus hostiles à leurs intérêts.

La production de ce superflu relève d'une recherche du profit et d'une domination qui ont des effets ravageurs sur la société toute entière. Il y a bien longtemps que la préoccupation des capitalistes n’est plus de produire des slips mais plutôt des produits de haute technologie. Ceux ci vont inonder la planète, la pourrir un peu plus avec les déchets plus ou moins toxiques que ces produits - de plus en plus inutiles - produisent ( les nanotubes de carbone, les centrales nucléaires, ITER, la fracturation hydraulique pour les gaz de schistes, etc…toutes ces technologies sont-elles indispensables à nos vies ? ). Ils nécessitent de plus – c’est la cerise sur le gâteau ! - une soumission plus grande au système ( n’oublions pas les techniques de manipulation, de surveillance, de contrôle et de contrainte telles que l’omniprésente publicité, la vidéo-surveillance généralisée, la carte d’identité numérique, le fichage ADN, … ). Nous sommes redevables de tout cela à la croissance économique tant recherchée : « ces formidables réservoirs de croissance », expression que notre cher président a dans la bouche dès qu’il a fini de prononcer le mot "écologie".   

Si on considère les besoins satisfaits par l’appareil productif actuel on constate que peu de ces besoins s’avèrent nécessaires à nos vies. Ne doit-on pas constater qu’il s’agit plutôt de mieux adapter nos vies aux « modèles » que le capitalisme nous façonne ?temps modernes

Un bon exemple : la voiture qui nous libère des petites communautés rurales - comme diraient certains – et/ou nous permet de voir le vaste monde - comme diraient d’autres. Aujourd’hui n’en est-on pas prisonnier ? la voiture est maintenant un appendice indispensable à l’existence humaine, la société est telle qu’il n’est plus possible de s’en passer… si l’on veut vivre selon les normes sociales qui ont cours (à savoir gagner de l’argent et consommer des marchandises.) bien sûr !

Que l’on soit bienheureux donc d’avoir certaines productions actuelles qui satisfont des besoins c’est un fait mais ça ne peut en aucun cas ‘valider’ le système productif global dont la logique est de produire toujours plus en s’occupant de la production de valeur ajoutée plutôt que des …besoins ! Sans la publicité, la télé, les contraintes grandissantes qui nous canalisent dans un mode de vie que resterait-il des besoins de fringues de marque ? de changement de voiture tous les 2 ou 3 ans ? des vacances sous les tropiques ? etc. Tous ces besoins ne sont certainement pas du même type que celui de se protéger du froid, d’avoir un slip, de manger dignement et à sa faim, … Le capitalisme produit bien des choses qui ne sont pas indispensables - c’est le moins qu’on puisse dire ! - mais sur les lesquels il bâtit son empire. Et c’est de cela qu’il s’agit.

 

En résumé 1. la production capitaliste a quelque chose de déraisonnable et de plus 2. il n’y a pas d’autre solution pour le capitalisme que d’entreprendre cette production délirante d’objets délirants pour se perpétuer. 

 

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Le problème central est que l’on ne pourra de toute façon pas continuer longtemps à ce rythme de production-consommation qui n’a plus rien de raisonnable ni de tenable. Les nuisances créées s’accumulent. La crise financière de 2008 n’en est qu’un symptôme. La dette des Etats aussi ; et le changement climatique, la pollution des nappes phréatiques et des océans qui croissent à grande vitesse, …et bien d’autres choses encore. La course à la production ne se fait manifestement pas dans l’optique d’une satisfaction des besoins ( et le besoin de sérénité, d’un équilibre avec la Nature alors, est-il satisfait ? ) mais des besoins aliénés qui n’ont d’existence que dans le mode de vie aliéné qui est le nôtre. En d’autres termes, on tourne en rond avec des besoins qui en appellent d’autres et ce, à l’infini.

Les gens du MEDEF ont beau jeu de dire qu’il y a encore beaucoup de besoins à satisfaire ( et de bonnes affaires à faire pour eux… surtout ! ) La raison en est simple : le mode de production qu’ils promeuvent produit tant de nuisances qu’il amène tout naturellement à produire pour les compenser un marché juteux pour que chacun puisse se protéger ou en atténuer les conséquences 2.

 

Cependant le système capitaliste est défendu non seulement par les bourgeois ( ce qui est normal, c’est leur gagne-pain et leur mode de vie qui est en jeu ! ) mais aussi par les « progressistes » qui y voient l’âge d’abondance à partir duquel la société future pourra se construire. De la social démocratie et du stalinisme jusqu’au gauchisme et à l’écologisme. En même temps qu’on assiste à une régression rapide de l’autonomie des communautés ( villes, villages, lieux de travail, … ) et des individus, le système se reproduit par ses propres mécanismes qui parfois se grippent mais contre lesquels on est bien souvent démuni.

Bien entendu, la question du mode de vie est posée : « quiconque parle de révolution sans parler de vie quotidienne a un cadavre dans la bouche » disait-on dans les années 60. Un gouvernement de gauche ou bien la ré-appropriation des moyens de production que prône l’extrême gauche tout cela ne sera vraiment pas suffisant pour changer le monde et encore moins pour changer la vie ( nonobstant les inepties que nous assènent de pitoyables politiciens de gauche ! ) il y faudra sans doute déjà changer sa vie un tant soit peu dans le capitalisme d’aujourd’hui, s’opposer à tout ce qui fait obstacle à la liberté, cibler inlassablement les impasses, les non sens, la déraison de la logique capitaliste, « rendre la honte plus honteuse ! ». Inutile de se faire des illusions : tout ce qui est fait sera peu ou prou récupéré et adapté à la sauce marchande et pourra ne devenir qu’un avatar de plus du système 3 Mais s'il faut absolument critiquer l’ordre des choses il est aussi grandement nécessaire de dénoncer ceux qui en profitent pour conquérir une position avantageuse à l’intérieur du système capitaliste. 

Il ne faut pas aller chercher bien loin la raison d’un alignement de la gauche ( pâlichonne ou extrême ) à la croissance économique, au productivisme et au ...capitalisme. Les premiers ouvriers, les paysans et artisans spoliés par les bourgeois du XVIII° et du XIX° étaient fortement attachés à leur autonomie. Les paysans anglais du XVIII° siècle, par exemple, ont été expulsés des terres communes ; ils ont été ainsi privés de la possibilité qu'ils avaient depuis des temps immémoriaux de produire la base de leur alimentation. Possibilité qu'ils avaient malgré l'exploitation qu'ils subissaient de la part de l'aristocratie propriétaire des terres. Ainsi ils ont été jetés en pâture à la bourgeoisie naissante qui avait besoin de main d'oeuvre - Marx l'a remarquablement expliqué ! 4 Ce sont ces premiers prolétaires qui inventèrent le premier socialisme. Cependant ce désir d'autonomie n'est rien de bien intéressant aux yeux des adorateurs du progrès. Pour la gauche, c'est du ...populisme ! " ... la haine des élites, des élus, des responsables. " c'est la version Destot, maire PS de Grenoble. Pour l'extrême gauche ça ne relève que d’une idéologie ‘petite bourgeoise’. Ils ne voient l’avenir qu’à travers une planification ‘scientifique’ de la production ; celle-ci sera bien sûr exercée par l’Etat qui représentera le peuple …pour de vrai cette fois, disent-ils ! ce n’est pas pour rien que le parti bolchévique voyait dans l’industrialisation la voie du socialisme : les  soviets ( = conseils ouvriers ) ont disparu en même temps que se développait la couche bureaucratique qui allait diriger le développement économique et, …une révolution plus tard, à l’effondrement de l’URSS, s’approprier les moyens qu’ils géraient déjà du temps de la splendeur de l’Etat ‘communiste’.

 

Il faudra bien sortir de cette logique progressiste. « Le monde est à réinventer ! » clamait-on en mai 68. Oui, sans doute. Mais …il y a bien des fausses pistes !

 

1 Pas non plus de revenir - ou pas – habiter dans des grottes comme je l’ai entendu dire par un technocrate appointé par les autorités de l’agglo Béziers Méditerranée il y a quelques jours lors d’une conférence sur le thème « Climat-énergie ».

 

2 on a établi depuis longtemps qu’un PIB ( c’est bien ainsi qu’on mesure la croissance, n’est ce pas ? ) progresse quand par exemple il faut reconstruire un pays dévasté par la guerre, une explosion atomique, ou quelque autre catastrophe pas forcément naturelle. A un autre niveau, la vente de médicaments stimulent la croissance quand les maladies « civilisationnelles » s’accumulent : le cancer qui galope, les allergies, les dépressions, les Alzheimer, et bien d’autres encore. N’oublions pas la schizophrénie, l’autisme, le diabète, etc… Libre à quiconque de raconter candidement que seules les nouvelles méthodes de comptabilisation et de détection de ces maladies, l’augmentation de la durée de vie, etc sont responsables de cette hausse. Les  sarkozistes qui nous ont pondu la réforme des retraites en 2010 ont eux aussi évoqué la prolongation de la vie comme seule raison de leur réforme.

 

3 Que sont devenues les mutuelles, les coopératives, les syndicats ( ah, les  syndicats ! ) qui pourtant étaient - à leur création - un instrument aux mains des prolétaires. Il convient d’être attentif et de ne pas attendre de ces changements immédiats - pourtant nécessaires - à faire ici et maintenant plus qu’ils ne peuvent donner. La lutte des classes n’est plus au programme du PCF et l’abolition du salariat, une idée saugrenue du passé, selon la CGT. Quelle misère ! « l’action directe est en effet fonction normale des  syndicats, caractère essentiel de leur constitution ; il serait d’une absurdité criante que de tels regroupements se bornassent à agglutiner les salariés pour les mieux adapter au sort auquel les a condamnés la société bourgeoise » Emile POUGET, « employé dans un magasin de nouveautés », un des fondateurs de la CGT - texte de 1904. On contemple le fossé dans lequel les actuels  syndicats ont plongé. Il n'est plus question aujourd'hui que d'adaptation au système capitaliste et s'il y a débat c'est juste pour fixer le taux de redistribution des fruits de la 'croissance'.

 

4 On assiste à un phénomène assez semblable dans les pays non encore industrialisés. Les colonisateurs puis les bourgeoisies locales jouent ainsi dans le même sens que la  bourgeoisie et l'aristocratie anglaises du XVIII° siècle.

 

 

 

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