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février 2011

 

Le tract, distribué au collège de Vendres, concerne l'installation de caméras vidéo dans l'établissement scolaire. Leur présence vient d'être constatée il y a peu ; cela avait donc été installé en catimini comme le plus souvent dans ce cas de figure. Le tract signé par un des enseignants a été distribué dans les casiers de la salle des professeurs.

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Le saviez vous ?

Dans le collège 'on' nous a installé des caméras vidéo :

nous sommes donc filmés. Alors… souriez !

Quelques informations et réflexions sur la vidéosurveillance

et sur le monde qui la met en place.

 

Faisons un effort et imaginons quelqu'un qui ne considère pas que les caméras, puces sous-cutanées et autres cartes d’identité empiètent sur sa vie privée. Il s'agit certainement de quelqu'un qui n'a rien à se reprocher. Est-il si à l’abri que ça ? En fait, il existe des instances au dessus de nous qui décident de ce qu'on doit ou non nous reprocher ? et il n'est pas toujours nécessaire de commettre des actes délictueux pour subir les foudres de la répression ? Parfois il suffit d’exister.

Un exemple ? En octobre 1940, les Juifs résidant en zone occupée française reçoivent l’ordre d’apposer la mention «Juif» sur leur carte d’identité. En mai 1942, c’est le port de l’étoile jaune qui devient obligatoire. Et une grande majorité de citoyens juifs a accueilli cette nouvelle sans grande inquiétude. Après tout, ils étaient tout à fait sûrs de n'avoir rien à se reprocher : ils sont allés s’inscrire et ont cousu eux-mêmes leur étoile jaune sur leur veste. Puis, du jour au lendemain, c’est le fait même d'exister qui pour eux est devenu un crime.

Cette référence au régime de Vichy vous semble abusive ? Elle n'est là que pour nous rappeler combien nous sommes à la merci de l’État, combien des outils de fichage tels que la vidéo-surveillance ou la biométrie peuvent décupler son efficacité. Si, en 1940, les autorités de Vichy ou d’Occupation avaient eu à leur disposition la vidéo-surveillance et la biométrie, combien de Juifs auraient réchappé ? Les résistants auraient-ils pu fabriquer tant de faux papiers avec le passeport biométrique et infalsifiable ? Ce n’est pas un hasard si la carte d’identité, outil de contrôle social par excellence, a été généralisée par Pétain. Comme la biométrie ou la vidéosurveillance, elle jalonne le chemin vers une société totalitaire.

Quand le gouvernement aura mis en place un fichier de police comportant les données biométriques de chaque personne n’ayant rien à se reprocher, quand tout le monde sera équipé de puces GPS, quand des caméras permettront de reconnaître et de tracer chaque individu, quelle possibilité de résistance restera-t-il face à des décisions injustes ou contraires à la dignité humaine ? Comment pourra-t on réagir lorsqu’une nouvelle catégorie de personnes, fichées et encartées, sera stigmatisée ? Comment pourra-t on désobéir à des lois jugées liberticides ? Comment pourra-t on exercer un contre-pouvoir si l’État est devenu tout puissant ? Saura-t on encore réagir après s'être longtemps résigné à laisser faire ? Saura-t on encore désobéir après tant d’années à coudre soi-même son étoile …électronique ? À quoi ressemblera un monde dans lequel tous seront épiés en permanence, où le corps sera sans cesse soumis à des dispositifs techniques de contrôle ? À un univers concentrationnaire et anxiogène.

N'oublions pas non plus ce petit détail : les fonds publics engloutis dans la vidéo-surveillance et la biométrie sont volés à l’éducation, au logement, à la santé.

Entre misère et délire sécuritaire, on se rapproche de plus en plus de l’univers de «1984» de Georges Orwell, un monde où la sphère de l’illégalité s’est doucement élargie jusqu’au «crime par la pensée» ( confer l'emprisonnement de ceux de Tarnac ; quel crime ont-ils commis sinon penser, écrire un livre ? ils sont  toujours en liberté… "surveillée" ! ) Il y a cinq ans, jamais la police ne demandait les empreintes génétiques des prévenus. Aujourd’hui, quelqu'un se faisant pincer pour trois bricoles volées dans un supermarché qui refuse de donner son ADN, risque un an de prison et 15 000 € d’amende.

Depuis 1998, la ville de Newham ( 250 000 habitants, dans la banlieue de Londres ) a mis en place un système de vidéo-surveillance associé à une technologie qui permet d’alerter la police lorsqu’une personne présente dans ses fichiers de police passe devant une caméra. Rien de neuf dans tout cela : on reprend trois dispositifs existants (caméras, identification bio-métrique, fichiers de police). C’est leur association qui décuple leur efficacité. Inquiétant ? «Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage de dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère politique, sans franchir un pas de plus vers une animalisation progressive de l’homme mise en oeuvre à travers les techniques les plus sophistiquées»  tin.jpg

A quel moment peut-on s’opposer à ce contrôle total, alors que la mise en place de chaque élément paraît innocente ? ces questions paraissent à certains bien lointaines. Mais ça se rapproche quand on apprend par exemple, que depuis septembre 2006, en cas de tentative de vol ou de «regroupements suspects», les caméras de la Villeneuve (banlieue de Grenoble rendue célèbre par les émeutes qui ont eu lieu cette année ) envoient automatiquement les images à la police.

 Aujourd’hui, les images des caméras municipales de Lyon sont conservées huit jours, la durée légale maximale étant d’un mois. Et si celle-ci pouvait être portée à un an, quels arguments un comité d’éthique pourrait-il y opposer ? Un comité d’éthique suffira-t-il à interdire un système comme celui de la ville de Newham, alors que les progrès technologiques permettent de plus en plus les croisements de données ? On voit bien que non, puisque le système est déjà testé à Grenoble, ville écolo-socialiste, et que le gouvernement s’assoit sur les avis de la Commission Nationale Informatique et Libertés au nom de l’anti-terrorisme. Etienne Tête, adjoint Vert au maire de Lyon nous dit : «Ce système n’est pas efficace. (...) Un jour, ces systèmes deviendront efficaces. En étant capables d’identifier des personnes dans la rue rien qu’en les filmant ce qui permettra de repérer un délinquant déjà fiché. Mais on pourra aussi garder en mémoire les images beaucoup plus longtemps. Et à moindre coût. Ce qui poussera les élus à augmenter la durée de conservation des images. Bref, au moment où la vidéosurveillance deviendra efficace, elle mettra en danger les libertés individuelles. » Jugement pertinent car la boucle est ici bouclée : on arrive à la vérité du système de surveillance quand on prévoit son aboutissement.

Des caméras «absolument partout», pourquoi pas ? Techniquement, ce sera bientôt possible. Honnête citoyen, tu ne seras jamais fiché au Grand Banditisme. Quand tu sors ce n’est pas pour poser des bombes, et tu n’as même jamais envisagé de voler un vélo. Alors pourquoi refuser les caméras dans la rue ? Aussi bien, pourquoi refuser les caméras dans ton salon ? Pourquoi aussi refuser l’implantation d’une puce de localisation par GPS dans ton bras ? et tout le reste …

Il est difficile d’expliquer pourquoi nous n’aimons pas être surveillés. On redoute les dérives, l’utilisation abusive des images, on s’inquiète des pouvoirs que cela donnerait à un Etat totalitaire, mais avant tout c’est un refus intime. Le terme de viol qu'on emploie souvent pour se défendre de la surveillance dont on est l'objet dit combien cela relève du corps autant que de l'esprit.

 

Les discours des politiques et des industriels pour promouvoir le contrôle social sont circulaires : si les libertés individuelles ne comptent ni pour les délinquants (il faut les surveiller puisqu’ils nuisent à la société), ni pour les innocents (il faut les surveiller puisque cela ne les dérange pas), alors toutes les personnes dérangées par une surveillance constante sont des délinquants en puissance. Et donc quand la population refuse les dispositifs de contrôle, c’est la preuve de leur nécessité. CQFD.

La vidéosurveillance, comme la biométrie et autres dispositifs, a pour objet la construction d’une société carcérale. Sur le modèle de la prison, nous voilà placés sous le regard permanent de ceux qui matent les caméras, de nos matons.

Vous avez l’impression de nager en pleine théorie du complot ? Sachez donc que : en 2004, le GIXEL ( qui est le lobby des entreprises de l’électronique ) publie un «Livre bleu» assez révélateur, remis au gouvernement dont voici un morceau choisi : " La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes : Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants. Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo. Développer les services «cardless» à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet, ... La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche "   …on ne peut être plus claircodesbarreshumains.jpg !


Décidément du contrôle total de la population à son contrôle totalitaire, il n’y a qu’un pas !  et  tout le monde y trouve son compte : enfin, tout le monde … Pour les patrons ça rapporte gros et pour les politiciens, ça affermit le pouvoir !

Alors, en attendant que chacun devienne irréprochable, que fait-on devant la prolifération de tous ces instruments de surveillance ? peu à peu la coupe se remplit. A chaque fois, pour de 'bonnes' raisons, à en croire le pouvoir qui, plus que jamais, n'a qu'une crainte, c'est que …la coupe déborde !

L'animalisation va bon train et dans cette entreprise de destruction de ce qui fut la dignité humaine rien - même le plus petit pas - n'est anodin.

 

Ce texte est largement inspiré des écrits de PIECE ET MAIN D'ŒUVRE   http://www.piecesetmaindoeuvre.com

 

 

 

 

 

 


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